L’inflation doit être réhabilitée alors que notre Économie globale sombre dans le néant…

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Cercle des Ambassadeurs à Paris, Crans Montana Forum

Chacun se souvient avec nostalgie des Trente Glorieuses, période de forte croissance économique et d'amélioration continue des conditions de vie qu’ont connue la plupart des pays de l'OCDE entre 1946 et 1975.

Ces – presque – trente années de prospérité et de bonheur économique et social – qui devraient être un exemple et une référence pour nos gouvernants – se caractérisent essentiellement par :

1 – La mobilisation de moyens financiers dépassant l'imagination consacrés à l'énorme chantier de la reconstruction des pays dévastés par la guerre
2 – Le retour à une situation de plein emploi à peu près partout
3 – Une croissance forte de l'Économie avec accroissement annuel de la production d'environ 5%
4 – Une situation économique et sociale d'ensemble florissante
5 – Une expansion démographique importante en Europe et aux États-Unis

Nos Économistes devraient prêter plus d'attention à cette période et en tirer de vraies leçons. Réinventer la roue comme on essaye de le faire depuis quelques décennies n'a vraiment convaincu personne et surtout, ne donne aucun résultat positif à ce que l'on voit.

Quel était le secret de cette réussite ? Toute ces années ont un point commun : les pays concernés ont alors connu, sans discontinuer une inflation annuelle d'environ 10% !

Dotée de multiples avantages, l'inflation permet notamment de rembourser les dettes de manière indolore, avec un coût social moindre, et de renchérir le coût immédiat de l’endettement en incitant les particuliers à moins s’endetter.

Depuis quelques dizaines d'années, une politique économique des plus dévastatrices a été mise en œuvre, notamment en Europe, sans que l'expression démocratique ne soit une seule fois sollicitée quant à son choix et à sa mise en œuvre : supprimer de manière systématique et radicale l'inflation et satisfaire ainsi les Économistes en chambre qui  s'épanouissent dans des business models déconnectés de la réalité quotidienne.

On est parvenus à ce jour, non sans douleur, à la réduction à 0 de l'inflation. Cela a conduit à la situation que nous connaissons caractérisée essentiellement par :

1
Les États ne remboursent plus leurs dettes gigantesques et, plus grave encore, continuent de s'endetter puisqu’il est très facile de le faire et de renvoyer le problème au successeur
2
Les épargnants sont désorientés car leur épargne ne leur rapporte rien. La situation est dangereuse. Un monde où l'on ne peut faire fructifier ses économies, surtout modestes, est un monde de désespoir et de résignation.
3
Force est finalement de constater que la machine économique mondiale est totalement grippée ! Le remède, de toute évidence, tue le malade.

C'est le résultat des contorsions intellectuelles d'esprits relativement fumeux, sans aucune légitimité démocratique, qui dirigent notre monde de l'Economie depuis leurs bureaux climatisés de la Commission à Bruxelles, de la BCE à Francfort ou du FMI à Washington.

Au moment où j'écris ces lignes, la presse internationale reconnaît l'inanité de ce qui a été fait jusqu'à ce jour et s'exprime dans mon sens :

Cercle des Ambassadeurs à Paris, Crans Montana Forum

C'est intellectuellement séduisant d'élaborer de grandes théories pour mieux rêver à un monde parfait, sans inflation, dans lequel les paramètres seraient figés et toujours prévisibles… C'est encore plus plaisant de les mettre en application.

On tire des plans sur la comète, on construit un monde idéal, entre deux hamburgers, devant la machine à café mais on néglige tout simplement de faire un tour dans la rue et de se frotter à la  réalité pour s'apercevoir que la vie, ça n'est pas ça du tout…. Qu'elle ne se met pas en équation.

On en est arrivés, à l'été 2016, à frapper les dépôts bancaires de taux négatifs ! Autre aberration.

Aujourd'hui, une banque européenne doit payer un taux de 0,4% lorsqu'elle dépose à la BCE ses excédents de trésorerie. C'est là le résultat d'une construction purement intellectuelle mise en œuvre sans égard pour la profitabilité des institutions bancaires qui se remettent déjà avec peine des aberrations de la dernière crise.

Mais la BCE, pensant inciter les banques à prêter plus aux ménages a instauré, dans le premier mois de 2014 un taux négatif pénalisant de -0,1% qui n'a cessé de s'enfoncer dans le rouge pour atteindre -0,4% en mars 2016.

Bien que le FMI prône les vertus d'une telle politique, ses avantages n'apparaissent vraiment pas évidents :

1
L'abaissement des taux a diminué le coût de l'emprunt, pour les banques comme pour leurs clients. C'est vrai.
Mais l'expansion du crédit bancaire à laquelle on a assisté à partir de 2015 est très limitée et peu susceptible d'influer sur les résultats de l'Économie globale
2
Ces taux négatifs facilitent grandement l'achat de titres financiers auxquels procède la BCE pour tenter d'assainir les marchés en faisant baisser les taux du marché. On pense encourager ainsi les investisseurs potentiels à s'engager dans des placements plus risqués dont le capital des entreprises. Aucun résultat probant à ce jour.

Il faut être particulièrement imaginatif pour penser qu'il y a là une ouverture vers un retour aux Trente Glorieuses ! On ne fait que patiner, douloureusement, et l'Économie se convulse.

Par contre, un point semble avoir totalement échappé : la profitabilité des banques est gravement mise en péril :

1
Dans les pays à gros excédents commerciaux, les banques n'arrivent plus à recycler leurs dépôts et sont pénalisées par les taux négatifs de la BCE !
2
Dans certains pays dont la Belgique où les taux variables indexés sur ceux de la BCE deviennent négatifs, les banques perdent non seulement sur leurs nouveaux engagements, mais beaucoup plus grave, sur les encours existants !
3
Les profits des banques se réduisent comme peau de chagrin. Elles doivent trouver le moyen d'équilibrer la situation en se rattrapant sur le volume global des nouveaux prêts stimulés par les taux bas…

C'est du petit jeu, sans vision ni ouverture vers un vrai retour à la prospérité. Le Monde attend autre chose. Une autre vision.

Le vrai danger est que s'établisse un cercle vicieux où la profitabilité des banques diminuera encore alors que, ne pouvant plus émettre sur les marchés financiers, leur capital ne pourra plus être renforcé, cette situation dégradant les ratios prudentiels…

En Suisse existe déjà la menace immédiate de voir les taux négatifs répercutés sur les clients par les banques. On en parle. Les clients commencent à retirer leur argent et à privilégier le cash conservé à la maison.

Nous allons de nouveau aboutir à une impasse totale. Nos grands esprits nous y ont malheureusement habitué avec la globalisation.

Les mêmes se sont vautrés avec délectation pendant des années dans la dérégulation à outrance des affaires économiques et financières et le monde en est arrivé à hoqueter dans toutes les directions, les pauvres souffrant de plus en plus alors que les riches continuent de s'enrichir sur une planète de plus en plus déséquilibrée et qui a perdu ses repères.

On a parlé un temps du gouvernement des juges qui mettait la démocratie en péril. On peut aujourd'hui parler de la dictature des "gens intelligents" qui pensent pouvoir diriger les affaires du monde depuis leur position autoritairement dominante… qui n'est autre qu'une nouvelle roche Tarpéienne.

Comme le disait un jour l'un de mes mentors aujourd'hui disparu, le Doyen Georges Vedel " les économistes n'auront jamais plus de crédibilité que les météorologues"…