Souvenir d’un déjeuner à Prague avec Otto Stich

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En 1994, mon ami Václav Klaus, premier ministre de la République Tchèque m'invite à me joindre à un déjeuner qu'il offre à l'occasion du passage du ministre suisse des finances M. Otto Stich.

Au cours du repas, avec la brutalité intellectuelle qui fait son charme et sa réputation, Václav Klaus se tourne soudainement vers Stich. Commence alors un dialogue surréaliste :

– toi Otto tu n'es pas ministre des finances !

Stupéfaction ! Le brave Stich qui mangeait sans poser sa pipe manque d'avaler celle-ci ! Il est pourtant bien le ministre suisse des finances.

– comment ça ? balbutie-t-il décontenancé

– tu seras ministre des finances le jour où tu auras réellement le pouvoir de fermer une de tes grandes banques en cas d'infraction. Tu sais très bien que tu n'en as pas la possibilité même si la loi t'en donne théoriquement le pouvoir !

Il avait totalement raison. Mais cela dit, ce n'est pas valable que pour la Suisse.

Les grandes banques ne seront jamais fermées administrativement même si elles font les pieds au mur et violent gravement la loi. C'est pourtant la sanction ultime que prévoit la loi.

Cela pour de multiples raisons, économiques, sociales et financières…

Malheur donc aux petites banques qui commettent des fautes alors que l'impunité de fait bénéficiera toujours aux plus grandes.

En cela, le rapporteur des Nations Unies, M. Jean Ziegler, dont le parcours a soulevé nombre de critiques au fil des ans, n'a pas tout à fait tort.

Jean-Paul Carteron