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LES PRIMAIRES ET LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES EN FRANCE
LES PRIMAIRES
ET LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES EN FRANCE
LES NAUFRAGEURS DE LA REPUBLIQUE
Une contribution du Forum de Crans Montana
et de la WDA World Diplomatic Academy
apport documentaire par AI
Le général de Gaulle a voulu rendre à la France ce qui lui avait si souvent manqué : la stabilité, la continuité de l’État et l’autorité démocratique. La Constitution de 1958, complétée en 1962 par l’élection du président de la République au suffrage universel direct, devait permettre la rencontre d’un homme — ou d’une femme — avec le peuple français.
LE CHEF DE L’ÉTAT NE DEVAIT JAMAIS ETRE LE PRODUIT D’UN ARRANGEMENT ENTRE APPAREILS POLITIQUES,
MAIS L’INCARNATION D’UNE VISION, D’UNE VOLONTE ET D’UNE CERTAINE IDEE DE LA FRANCE.
Pendant plusieurs décennies, cette architecture institutionnelle a rempli sa mission. Malgré les crises, les alternances et même les périodes de cohabitation, la Ve République a assuré au pays une stabilité que les régimes précédents n’avaient jamais su garantir durablement.
Puis des théoriciens de la politique, des intellectuels en chambre et des spécialistes fumeux de la communication ont cru devoir instaurer en France le système des primaires.
Présentées comme un progrès démocratique, celles-ci devaient, nous disait-on, rendre la parole aux militants et permettre de désigner le « meilleur » candidat. C’était, avec insolence et une inconscience totale, mettre à bas toute une construction dont les profondeurs et le vrai sens leur étaient inaccessibles…
En réalité, les Primaires ont profondément ruiné la nature de l’élection présidentielle. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour constater que le système démocratique de la France est en faillite.
Qu’est-ce qu’une primaire ? C’est un concours organisé entre quatre, cinq ou six personnalités appartenant à une même famille politique, dont chacune doit démontrer qu’elle possède davantage de qualités, d’idées et de légitimité que les autres. On les place autour d’une table, on les confronte publiquement, on les encourage à souligner leurs différences et parfois leurs faiblesses respectives. Au terme de cette compétition, l’un d’entre eux l’emporte.
Mais le problème c’est que les autres, après avoir été ainsi valorisés médiatiquement, ne disparaissent pas, bien au contraire.
Chacun des candidats battus conserve les suffrages qu’il a obtenus, ses militants, ses réseaux, ses ambitions et ses soutiens parlementaires. La primaire ne produit donc pas seulement un vainqueur : elle fabrique simultanément plusieurs rivaux puissants, immédiatement transformés en « éléphants » politiques.
Le candidat officiellement choisi se trouve alors entouré de concurrents qui ont été battus, certes, mais qui se considèrent toujours comme les représentants légitimes d’une partie importante de leur camp.
Il sera impossible de les écarter du futur gouvernement et pour reconstituer l’unité détruite par la compétition, le vainqueur devra négocier. Il lui faudra distribuer des responsabilités, offrir des ministères, intégrer les équipes concurrentes et ménager les susceptibilités.
Lorsqu’il accèdera au pouvoir, il ne constituera plus un gouvernement autour d’une ligne politique claire : il devra composer une coalition intérieure faite de courants rivaux, de fidélités concurrentes et d’ambitions différées. Car ceux qui s’imposeront alors de ce fait dans le gouvernement ne « rouleront » pas pour le Président mais pour eux !
Car les anciens adversaires de la primaire ne se mettront pas miraculeusement à son service. Ils continueront naturellement à travailler pour leur propre avenir. Certains attendront l’échec du président ; d’autres chercheront à imposer leur courant ; d’autres encore utiliseront leur ministère comme une rampe de lancement personnelle.
L’action gouvernementale devient alors un compromis permanent entre des personnalités qui ne partagent ni la même stratégie, ni la même sensibilité, ni toujours la même loyauté.
C’est ainsi que naissent la cacophonie gouvernementale, les déclarations contradictoires, les rivalités publiques, les « frondes » parlementaires et les ambitions prématurément affichées.
Le chef de l’État, qui devrait donner une direction ferme au pays, consacre alors une part importante et toujours croissante de son énergie à maintenir l’équilibre entre ceux qu’il a battus et qu’il ne peut écarter.
L’expérience française a d’ailleurs montré les limites de ce mécanisme. La primaire socialiste de 2011 avait permis la désignation de François Hollande, mais elle avait également rendu visibles et légitimé plusieurs courants concurrents qui se sont ensuite affrontés pendant son quinquennat.
La primaire de la droite et du centre de 2016 a désigné François Fillon, mais elle a laissé derrière elle un parti définitivement divisé, incapable de surmonter rapidement la crise de sa candidature.
Quant à Emmanuel Macron, il a précisément conquis l’Élysée en 2017 sans passer par une primaire partisane, en construisant directement sa relation avec l’électorat. Le fait que cela ait tourné ensuite au désastre est une autre question.
La primaire peut aussi produire un candidat parfaitement adapté à la sensibilité des militants les plus mobilisés, mais insuffisamment représentatif de l’ensemble du pays. Pour gagner à l’intérieur de son camp, chaque concurrent est tenté de durcir son discours. Une fois désigné, il lui faut brusquement revenir vers le centre de l’électorat et parler à tous les Français. Cette contradiction affaiblit sa crédibilité avant même le commencement de la véritable campagne présidentielle.
Il ne s’agit pas ici de contester le débat démocratique ni la pluralité des candidatures. Mais la démocratie ne consiste pas à multiplier artificiellement les compétitions.
Une personnalité politique présidentiable doit émerger par son parcours, sa vision, son courage, son autorité et sa capacité à rassembler. Elle doit progressivement s’imposer à sa famille politique, puis dépasser celle-ci pour s’adresser directement à la nation.
Le général de Gaulle avait compris que l’élection présidentielle ne pouvait être réduite à un concours organisé entre plusieurs responsables d’appareil. Elle devait être la rencontre entre une personnalité et le destin d’un pays.
Les primaires ont remplacé cette logique de rassemblement par une mécanique de division, puis demandé au vainqueur de réparer en quelques semaines les fractures que cette même mécanique venait de créer.
La France n’a pas besoin d’un président issu d’un jeu télévisé politique, encerclé dès son élection par les compétiteurs qu’il a battus. Elle a besoin d’une personnalité qui se dégage naturellement, qui impose une direction et autour de laquelle se rassemble une majorité cohérente.
À force de vouloir soi-disant perfectionner la démocratie, on a désorganisé les partis, affaibli l’autorité présidentielle et nourri les ambitions individuelles.
La primaire devait permettre de choisir un chef. Elle a surtout contribué à fabriquer plusieurs petits chefs concurrents.
Et lorsqu’il existe cinq chefs dans la même maison, il ne faut pas s’étonner que plus personne ne sache véritablement dans quelle direction avancer....
