Publications
INITIATIVE DU MAROC = DÉVELOPPEMENT
FINANCER LE DÉVELOPPEMENT AUTREMENT
L’ÉMERGENCE D’UNE DIPLOMATIE DE L’INVESTISSEMENT
CONTRIBUTION ESSENTIELLE DU MAROC AUX TRAVAUX DES NATIONS UNIES
Une analyse du Forum de Crans Montana avec apport documentaire par AI
La prise de position du ministre des affaires étrangères du Maroc, M. Nasser Bourita, aux Nations Unies marque le passage d’une diplomatie du développement fondée sur l’aide à une diplomatie de l’investissement, de la connexion et de la responsabilité partagée.
Le débat international sur le développement connaît aujourd’hui une transformation fondamentale. Pendant plusieurs décennies, la question dominante consistait à déterminer combien les États développés et les institutions internationales devaient consacrer au financement du développement.
Désormais, une autre interrogation s’impose : comment construire des mécanismes capables de mobiliser simultanément les ressources publiques, l’investissement privé, les institutions financières internationales et les capacités nationales ?
C’est dans cette perspective que doit être replacée l’intervention du ministre Bourita le 23 septembre 2026 à New York, à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Il intervenait à l’ouverture de la rencontre de haut niveau Financing the Future: Partnerships between Public and Private Actors to Invest in Development, coorganisée avec le Programme des Nations Unies pour le développement.
Cette initiative est particulièrement significative : le Maroc ne se contente plus d’intervenir dans le débat international sur le développement, il contribue à la formulation des instruments susceptibles de le financer.
LA CRISE N’EST PLUS SEULEMENT CELLE DES RESSOURCES
Le constat présenté à New York est saisissant : le déficit annuel de financement nécessaire à la réalisation des Objectifs de développement durable est estimé à 4 300 milliards de dollars.
Une telle disproportion entre les ambitions proclamées par la communauté internationale et les ressources effectivement mobilisables oblige à reconsidérer les instruments traditionnels.
L’aide publique au développement demeure indispensable. Les budgets nationaux restent déterminants. Les banques multilatérales de développement conservent une fonction centrale. Mais aucune de ces sources ne peut, isolément, répondre à l’ampleur des besoins.
La réflexion proposée par M. Bourita est donc moins quantitative que structurelle : il ne s’agit plus simplement de trouver davantage d’argent. Il faut modifier l’architecture permettant de transformer l’épargne, les capitaux et les ressources disponibles en investissements productifs.
CETTE DISTINCTION EST FONDAMENTALE
Elle conduit à considérer le financement du développement non plus seulement comme un mécanisme de redistribution internationale, mais comme un processus de création de valeur associant États, entreprises, institutions financières et organisations multilatérales.
LE MAROC - DU DISCOURS À L’EXPÉRIMENTATION
L’intérêt de l’intervention marocaine réside précisément dans le fait qu’elle s’appuie sur une expérience nationale. Sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, le Royaume a progressivement cherché à faire de la complémentarité entre investissement public et initiative privée l’un des axes de sa politique économique.
L’objectif évoqué par le ministre Bourita est particulièrement ambitieux : porter progressivement la contribution du secteur privé à près des deux tiers de l’investissement national à l’horizon 2035.
Cette orientation repose notamment sur la nouvelle Charte de l’investissement et sur le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, conçu notamment comme instrument de mobilisation du capital privé.
Les exemples présentés par le ministre sont révélateurs : Tanger Med, le complexe solaire Noor Ouarzazate et la ligne à grande vitesse Casablanca–Tanger.
Ces infrastructures appartiennent à des secteurs différents, mais répondent à une même logique : l’investissement n’est pas considéré comme une fin en soi. Sa valeur doit également être appréciée à travers les infrastructures créées, les emplois, les services rendus, la compétitivité économique et les effets de long terme sur les territoires.
C’est ici que l’approche marocaine acquiert une dimension qui dépasse le seul cadre national.
LE MINISTRE NASSER BOURITA =
AFFIRMER UNE DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE STRUCTURANTE
L’action de Nasser Bourita mérite, à cet égard, une attention particulière. Dans un système international où la diplomatie économique est parfois réduite à la promotion commerciale ou à la recherche d’investisseurs, le ministre marocain lui confère une dimension beaucoup plus large : la politique étrangère devient un instrument permettant d’articuler développement national, coopération régionale, investissements internationaux et construction d’infrastructures transnationales.
Cette approche correspond à une évolution plus générale de l’action diplomatique marocaine. Elle consiste à ne plus séparer artificiellement diplomatie politique, développement économique, sécurité, infrastructures et coopération africaine. Ces différents domaines sont considérés comme les composantes d’une même stratégie d’interdépendance.
La séquence new-yorkaise de septembre 2026 l’illustre particulièrement bien. Outre la question du financement, Nasser Bourita est intervenu dans plusieurs enceintes touchant au développement, à la consolidation de la paix et aux grands enjeux multilatéraux, alors même que le Maroc assure en 2026 la présidence de la Commission de consolidation de la paix des Nations Unies.
Il apparaît ainsi comme le porteur d’une conception selon laquelle la stabilité internationale ne peut durablement être dissociée de la capacité des États à financer leur propre développement.
TRANSFORMER LE POTENTIEL AFRICAIN EN PROJETS
TRANSFORMER LES PROJETS EN INVESTISSEMENTS
Cette doctrine prend une importance particulière lorsqu’elle est appliquée au continent africain. Les besoins annuels de financement des infrastructures africaines sont évalués, pour la période 2023–2030, entre 181 et 221 milliards de dollars. Face à de tels montants, la seule augmentation de l’aide extérieure ne saurait constituer une stratégie suffisante.
M. Bourita formule alors une proposition qui résume remarquablement le changement de paradigme : il faut parvenir à transformer le potentiel africain en projets, puis les projets en investissements. Cette formulation touche au cœur du problème économique africain.
Le continent ne manque ni de ressources naturelles, ni de marchés potentiels, ni de besoins d’infrastructures, ni de capital humain. Ce qui demeure insuffisant est souvent la capacité à transformer ces potentialités en projets techniquement préparés, juridiquement sécurisés, financièrement structurés et suffisamment bancables pour attirer des capitaux de long terme.
Le rôle de l’État change alors profondément. Il n’est plus seulement investisseur ou bénéficiaire d’une aide internationale. Il devient architecte d’un environnement capable de réduire le risque et de rendre possible l’investissement.
UNE GÉOGRAPHIE NOUVELLE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN
Cette logique permet également de mieux comprendre plusieurs grandes initiatives soutenues par le Maroc.
Le Gazoduc Africain Atlantique, l’Initiative Atlantique en faveur des États du Sahel et le Processus des États africains de l’Atlantique ont des objets différents. Mais ils répondent à une philosophie commune : réduire l’enclavement, connecter les territoires, rapprocher les marchés et donner aux économies africaines une profondeur logistique et stratégique nouvelle.
Cette approche est particulièrement pertinente dans un monde où les routes maritimes, l’accès aux ports, la sécurité énergétique, les chaînes d’approvisionnement et l’accès aux matières premières stratégiques sont redevenus des questions de souveraineté.
Le développement n’est donc plus seulement une question de croissance économique. Il devient une composante de la sécurité globale.
Et c’est précisément sur ce terrain que la diplomatie marocaine cherche à construire une articulation originale entre Afrique, Atlantique, Méditerranée et Europe.
QUATRE PROPOSITIONS QUI MÉRITENT UNE ATTENTION INTERNATIONALE
L’intervention du ministre Bourita ne s’est toutefois pas limitée à une analyse générale. Le ministre a avancé quatre orientations opérationnelles.
Il propose de
1
réduire la fragmentation réglementaire afin de faciliter les partenariats public-privé
2
développer des mécanismes régionaux de co-investissement
3
créer des plateformes régionales de garantie et de dérisquage permettant d’attirer les capitaux privés
4
adopter une conception plus différenciée du financement international, qui ne repose pas uniquement sur le PIB mais prenne également en compte les vulnérabilités structurelles, notamment l’enclavement géographique et l’exposition climatique.
Ces propositions sont importantes parce qu’elles s’attaquent à l’un des principaux obstacles à l’investissement dans les économies émergentes: le risque réel ou perçu.
Le problème consiste souvent à créer les mécanismes institutionnels, réglementaires et financiers permettant d’orienter le capital international vers les projets qui en ont besoin.
Dans cette perspective, les banques multilatérales de développement pourraient jouer moins exclusivement le rôle de prêteurs et davantage celui de catalyseurs, en utilisant garanties, cofinancements et mécanismes de partage des risques pour mobiliser des volumes de capitaux privés supérieurs à leurs ressources propres.
DE L’AIDE AU DÉVELOPPEMENT À LA RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
C’est peut-être là que se situe l’apport le plus intéressant de la position défendue par le Maroc. Le modèle traditionnel opposait assez nettement pays donateurs et pays bénéficiaires.
Cette architecture correspond de moins en moins à la réalité d’un monde multipolaire dans lequel les capitaux, les technologies, les ressources naturelles, les infrastructures et les chaînes de valeur traversent les frontières.
La coopération Sud-Sud défendue par le Maroc introduit une autre logique : construire ensemble plutôt que transférer unilatéralement. Le développement devient ainsi une entreprise de co-investissement et de co-développement.
Cette philosophie rejoint d’ailleurs l’esprit de la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement, dont le quarantième anniversaire a précisément été célébré à New York le 23 septembre 2026. Adoptée en 1986, elle considère le développement comme un droit humain et insiste sur la participation des populations ainsi que sur une distribution équitable des ressources économiques.
LE MAROC COMME FORCE DE PROPOSITION
L’intervention de Nasser Bourita aux Nations Unies révèle finalement une évolution significative du positionnement international du Royaume.
Le Maroc se présente non seulement comme un pays ayant réussi à attirer et structurer des investissements importants, mais comme un État capable de transformer son expérience nationale en propositions de coopération internationale. La distinction est essentielle.
Elle traduit le passage d’une diplomatie de représentation à une diplomatie de proposition, dans laquelle l’influence d’un État se mesure également à sa capacité de mettre des solutions sur la table, de réunir autour d’elles gouvernements, institutions multilatérales et investisseurs et, surtout, de transformer les concepts diplomatiques en projets opérationnels.
Dans cette construction, le ministre Bourita joue un rôle central : celui d’articuler la vision stratégique de SM le Roi Mohammed VI avec les grandes transformations du système multilatéral et les besoins concrets du continent africain.
À l’heure où la communauté internationale constate l’écart croissant entre les engagements pris en matière de développement et les ressources disponibles pour les réaliser, le message porté par le Maroc à New York possède ainsi une portée qui dépasse largement ses frontières.
Le véritable enjeu du XXIe siècle ne sera peut-être plus de savoir qui finance le développement, mais de déterminer comment États, institutions internationales et capitaux privés peuvent accepter d’en partager simultanément le risque, l’investissement et les bénéfices.
C’est dans cette transformation que l’initiative marocaine prend toute sa signification : faire du financement non plus le dernier obstacle au développement, mais l’un des instruments d’une nouvelle architecture de coopération internationale.
