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LE PARTENARIAT ENTRE L’AES ET LA RUSSIE

4 October 2026 · Crans Montana Forum

L’AES ET LA RUSSIE

INSTITUTIONNALISENT LEUR PARTENARIAT

PORTEE STRATEGIQUE, SECURITAIRE ET ECONOMIQUE

DES CONSULTATIONS DE NIAMEY

Une contribution du CMF Forum de Crans Montana

et de la WDA World Diplomatic Academy

avec une contribution documentaire de AI

La deuxième session des consultations ministérielles entre la Confédération des États du Sahel et la Fédération de Russie, organisée à Niamey le 8 juillet 2026, marque une étape importante dans l’institutionnalisation de leurs relations.

La signature d’un mémorandum établissant un mécanisme durable de concertation diplomatique, l’adoption d’un plan de consultations pour 2026-2027 et la confirmation du soutien russe à la Force unifiée de l’AES donnent désormais à ce partenariat un cadre politique et opérationnel. Celui-ci ne se limite plus à la coopération militaire : il englobe la coordination multilatérale, l’intégration économique, les investissements, l’énergie, les infrastructures, la formation et les médias.

Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, il s’agit de renforcer leur autonomie stratégique et de diversifier leurs partenariats.

Pour la Russie, ce rapprochement offre la possibilité de consolider une présence durable au cœur d’une région essentielle à la sécurité, aux ressources naturelles et aux recompositions géopolitiques du continent africain.

Elle ne pourra cependant être considérée comme une réussite que si la souveraineté proclamée se traduit par une amélioration tangible de la sécurité humaine, de la prospérité et de l’indépendance économique.

Pour l’AES comme pour la Russie, le véritable test commence donc après les déclarations diplomatiques : celui de la mise en œuvre, de la transparence et des résultats.

DE L’ALLIANCE MILITAIRE

A LA CONSTRUCTION CONFEDERALE

Cette deuxième session des consultations entre les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel et de la Fédération de Russie constitue bien davantage qu’une nouvelle rencontre diplomatique. Elle consacre la transformation progressive d’un rapprochement politique et sécuritaire en partenariat structuré, appelé à couvrir l’ensemble des dimensions de la relation internationale.

La réunion a rassemblé Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Bakary Yaou Sangaré, ministre nigérien des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, ainsi que Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.

La session était coprésidée par le ministre du Burkina Faso, qui assurait alors la présidence de la Confédération, et par Sergueï Lavrov. Cette configuration est significative : la Russie ne s’est pas seulement entretenue séparément avec trois États sahéliens, mais avec une organisation confédérale cherchant à parler d’une seule voix et à devenir un acteur diplomatique à part entière.

La rencontre s’est inscrite dans le prolongement de la première session ministérielle organisée à Moscou le 3 avril 2025. Entre les deux rendez-vous, la Confédération a poursuivi la mise en place de ses institutions, de ses instruments financiers et de ses capacités communes de défense.

Le processus répond à une évolution profonde de l’environnement régional : après leur retrait effectif de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest le 29 janvier 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont entrepris de construire leurs propres mécanismes d’intégration politique, sécuritaire et économique.

Les trois États représentent un ensemble territorial de près de 2,8 millions de kilomètres carrés et une population cumulée dépassant largement 75 millions d’habitants. Ils disposent de ressources stratégiques considérables: or, uranium, lithium, hydrocarbures, potentiel solaire, terres agricoles et vastes espaces d’élevage.

L’AES ne doit donc pas être considérée uniquement comme une alliance défensive née de circonstances politiques. Elle tend à devenir un espace géopolitique dont la cohérence future dépendra de sa capacité à relier sécurité, développement, circulation des personnes, infrastructures, accès aux marchés et valorisation locale des ressources.

QUATRE MINISTRES

ET UNE VOLONTE D’INSTITUTIONNALISATION

Les interventions des quatre chefs de la diplomatie ont permis de distinguer plusieurs sensibilités complémentaires.

BURKINA FASO

En sa qualité de représentant de l’État assurant la présidence confédérale, Karamoko Jean-Marie Traoré a insisté sur la nécessité d’évaluer un partenariat non seulement à l’aune de la convergence politique, mais aussi selon ses effets concrets sur la vie des populations.

Cette approche place le développement au centre de la relation avec Moscou. La coopération ne pourra être durable que si elle contribue à la construction d’infrastructures, à l’amélioration de l’accès à l’énergie et aux soins, à la formation des cadres, à la modernisation de l’agriculture et à la création d’emplois.

MALI

Le ministre malien Abdoulaye Diop a souligné le caractère déjà particulier des relations entre la Russie et la Confédération. Il a salué ce qu’il considère comme une analyse russe plus objective de la situation au Sahel et une meilleure compréhension des préoccupations souverainistes des États concernés.

Son intervention s’inscrit dans la continuité de la politique extérieure conduite par le Mali depuis plusieurs années : diversification des partenaires, refus des relations asymétriques et recherche d’une plus grande autonomie dans les domaines de la défense, de la diplomatie et de la valorisation des ressources naturelles.

NIGER

Bakary Yaou Sangaré, chef de la diplomatie nigérienne et ministre du pays hôte, a présenté la réunion comme l’expression d’une volonté commune de construire un ordre international plus juste, fondé sur la paix, la sécurité, le développement et le respect de la souveraineté. Son intervention a également mis l’accent sur l’évaluation des décisions adoptées lors des premières consultations de Moscou et sur la définition des actions futures.

RUSSIE

Sergueï Lavrov a inscrit le rapprochement dans la conception russe d’un ordre international multipolaire. Selon le ministre russe, la Russie et l’AES partagent la volonté de combattre les pratiques néocoloniales et de consolider la souveraineté de leurs États. Moscou entend ainsi établir avec la Confédération un dialogue qui combine les relations bilatérales entretenues avec chacun de ses membres et un partenariat multilatéral avec l’AES en tant qu’organisation.

Il convient néanmoins, dans une analyse académique, de distinguer les principes politiques proclamés de leur réalisation effective. Le respect de la souveraineté, la non-ingérence, l’égalité entre États et la prise en considération des intérêts réciproques constituent la doctrine officiellement affirmée. C’est cependant la nature des accords ultérieurs, leurs modalités financières, leur transparence et la répartition de leurs bénéfices qui permettront d’apprécier concrètement l’équilibre du partenariat.

UN MEMORANDUM

POUR DONNER UNE PERMANENCE AU DIALOGUE

Le résultat institutionnel le plus important de la rencontre est la signature, par Karamoko Jean-Marie Traoré et Sergueï Lavrov, d’un mémorandum relatif aux consultations entre les ministères des Affaires étrangères de la Confédération AES et celui de la Fédération de Russie.

Ce document établit un cadre durable de consultations et de coordination diplomatique. Il transforme une relation jusqu’alors largement portée par des rencontres politiques et des accords bilatéraux en mécanisme organisé et régulier. Les questions diplomatiques, politiques, sécuritaires et stratégiques d’intérêt commun devront être traitées prioritairement dans ce cadre. Les autres secteurs pourront faire l’objet de mécanismes spécialisés associant les ministères compétents.

Les délégations ont parallèlement adopté un plan de consultations pour la période 2026-2027. Bien que le contenu détaillé de ce plan n’ait pas été intégralement rendu public, son adoption apporte une dimension programmatique à la relation. Elle devrait permettre de fixer un calendrier, de répartir les responsabilités entre institutions et d’organiser le suivi des engagements.

La prochaine session ministérielle doit se tenir en Russie en 2027, suivant un principe d’alternance. Cette périodicité contribue à la stabilité du dialogue, mais elle devra être accompagnée de réunions techniques fréquentes. Une coopération ambitieuse ne peut en effet reposer uniquement sur des conférences annuelles de ministres : elle nécessite des groupes de travail, des mécanismes d’évaluation, des indicateurs de résultats et des procédures permettant de résoudre les difficultés administratives, juridiques et financières.

LA SECURITE DEMEURE LE PREMIER PILIER

La défense et la lutte contre le terrorisme restent au cœur de la coopération. La Russie a confirmé sa volonté de poursuivre son soutien au renforcement des capacités opérationnelles des forces armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger, ainsi qu’à la montée en puissance de la Force unifiée de la Confédération des États du Sahel.

Cette force commune constitue l’un des projets les plus structurants de l’AES. Elle doit permettre une meilleure coordination des opérations, le partage du renseignement, la surveillance des frontières et la conduite d’actions conjointes contre les groupes armés opérant dans plusieurs pays. Dans un espace où les frontières sont vastes et souvent difficiles à contrôler, une approche strictement nationale ne peut suffire.

Les ministres ont condamné les attaques commises contre des institutions et des villes maliennes le 25 avril 2026, ainsi que l’attaque ayant visé, dans la nuit des 28 au 29 janvier 2026, la base aérienne 101 et l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Ils ont salué l’action des forces sahéliennes et la contribution des forces russes à la lutte contre le terrorisme.

L’enjeu essentiel sera de mesurer l’efficacité réelle du dispositif. La coopération sécuritaire devra être évaluée selon l’évolution du contrôle territorial, la réduction du nombre d’attaques, la protection des populations civiles, la réouverture des routes et des services publics, le retour des déplacés et la reprise des activités économiques. Une victoire exclusivement militaire, non accompagnée d’une restauration de l’administration, de la justice, de l’école et des infrastructures, ne pourrait produire une stabilisation durable.

UNE COORDINATION DIPLOMATIQUE DANS LES ENCEINTES MULTILATERALES

La rencontre de Niamey a également consacré la dimension multilatérale de la relation. L’AES et la Russie sont convenues de renforcer leur coordination, leurs soutiens mutuels et la promotion de leurs intérêts communs au sein de l’Organisation des Nations Unies et d’autres instances internationales.

Les parties ont affirmé leur intention d’intensifier leurs échanges au sein du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations Unies. Elles ont réitéré leur attachement à l’égalité souveraine des États, à la non-ingérence et à la construction d’un ordre mondial plus équitable.

Cette coordination présente un intérêt réciproque. La Russie peut bénéficier du soutien ou de la proximité diplomatique de trois États africains dans les organisations internationales.

En retour, les pays de l’AES disposent, à travers leur relation avec un membre permanent du Conseil de sécurité, d’un relais important pour défendre leurs positions et contester certaines initiatives internationales qu’ils jugeraient contraires à leurs intérêts.

Les deux parties ont aussi dénoncé les mesures coercitives unilatérales imposées à des États souverains et leurs conséquences sur le commerce, l’énergie, la santé, la croissance et la sécurité alimentaire. Elles ont enfin annoncé leur volonté de coopérer dans le domaine judiciaire et de lutter contre ce qu’elles qualifient d’instrumentalisation politique de la justice internationale.

Ce volet révèle que la relation ne repose pas seulement sur des échanges matériels. Elle est soutenue par une communauté de discours sur la souveraineté, les sanctions, le néocolonialisme et la multipolarité.

Cette convergence normative donne au partenariat sa cohérence politique, même si les intérêts précis de la Russie et ceux des États sahéliens ne se confondent pas nécessairement dans tous les domaines.

LE MAINTIEN D’UN DIALOGUE AVEC LA CEDEAO ET L’UNION AFRICAINE

Un aspect important du communiqué réside dans l’accueil favorable réservé à la poursuite du dialogue entre les États de l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine. Cette disposition montre que le rapprochement avec Moscou ne signifie pas officiellement une volonté d’isolement continental ou de rupture avec les voisins ouest-africains.

Les populations du Sahel et celles des pays côtiers demeurent unies par des liens familiaux, commerciaux, linguistiques et culturels anciens. Les chaînes d’approvisionnement traversent les frontières, tandis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger dépendent largement des corridors portuaires conduisant vers le golfe de Guinée et l’Atlantique.

L’AES devra donc concilier la consolidation de sa souveraineté institutionnelle avec la préservation des échanges régionaux. La réouverture du dialogue avec la CEDEAO est essentielle pour la circulation des personnes, les droits de résidence, le commerce, les transports, la sécurité transfrontalière et la prévention des crises humanitaires. La Russie peut soutenir l’AES, mais elle ne peut remplacer la géographie économique de l’Afrique de l’Ouest.

LE VERITABLE TEST :

L’ELARGISSEMENT ECONOMIQUE DU PARTENARIAT

La principale nouveauté du rapprochement réside dans son extension annoncée aux domaines économiques et sociaux. La sécurité reste indispensable, mais elle ne saurait constituer l’horizon définitif du projet confédéral.

La réunion a identifié plusieurs secteurs susceptibles d’accueillir une coopération renforcée : énergie, infrastructures, agriculture, santé, éducation, formation, commerce, industrie et médias. Karamoko Jean-Marie Traoré a évoqué la possibilité d’étendre le format des consultations ministérielles à d’autres portefeuilles, notamment les finances, l’économie et l’énergie.

Dans le secteur énergétique, les besoins sont immenses. Les trois États connaissent encore des taux d’accès à l’électricité insuffisants, alors même qu’ils disposent d’un potentiel solaire exceptionnel. La coopération avec la Russie pourrait concerner la production conventionnelle, les réseaux, la formation d’ingénieurs, l’électrification industrielle et, éventuellement, les technologies nucléaires civiles. De tels projets exigeraient cependant des études rigoureuses de viabilité, des dispositifs de sûreté et des montages financiers soutenables.

Les ressources minières occupent naturellement une place centrale. Le Mali est un producteur majeur d’or et possède un potentiel croissant dans le lithium. Le Burkina Faso dispose également d’importantes ressources aurifères, tandis que le Niger demeure étroitement associé à l’uranium et possède un potentiel pétrolier significatif.

L’intérêt de l’AES consiste non seulement à attirer des investissements, mais surtout à transformer davantage les matières premières localement, à augmenter les recettes publiques, à assurer la traçabilité des contrats et à développer des chaînes de valeur créatrices d’emplois.

La Russie peut mobiliser des compétences dans les mines, l’énergie, les transports, la géologie, les équipements industriels et la formation scientifique.

Néanmoins, le passage d’une diplomatie des annonces à une coopération productive nécessitera des financements, des garanties juridiques, une sécurité suffisante autour des projets et des mécanismes clairs de règlement des différends.

LA BCID-AES, INSTRUMENT POSSIBLE

D’UNE SOUVERAINETE ECONOMIQUE

Les délégations ont expressément mentionné le rôle potentiel de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, la BCID-AES. Celle-ci est appelée à devenir l’un des principaux instruments financiers de la Confédération.

Son intervention pourra favoriser le financement de projets transfrontaliers : routes, chemins de fer, centrales électriques, télécommunications, stockage alimentaire, transformation agricole et infrastructures logistiques. Elle pourra également faciliter les cofinancements avec des institutions russes.

La portée de la BCID-AES dépendra toutefois de plusieurs conditions : un capital suffisant, une gouvernance professionnelle, des règles transparentes de sélection des projets, des procédures de contrôle indépendantes et une capacité à attirer des partenaires extérieurs sans compromettre la soutenabilité de la dette.

L’objectif ne doit pas être de substituer une dépendance à une autre, mais de donner aux États sahéliens une plus grande capacité de négociation. La diversification est véritablement souveraine lorsqu’elle permet de comparer plusieurs partenaires, de sélectionner les offres les plus avantageuses et de préserver la maîtrise nationale des secteurs stratégiques.

ÉDUCATION, SANTE ET FORMATION

FONDEMENTS DE LA DURABILITE

La coopération dans l’enseignement supérieur et la formation revêt une importance particulière. Le Sahel dispose d’une population extrêmement jeune. La stabilité de la région dépendra donc de sa capacité à transformer cette croissance démographique en force économique et sociale.

La Russie accueille historiquement des étudiants africains et pourrait développer des programmes dans les domaines de l’ingénierie, de l’agronomie, de la médecine, de la cybersécurité, des sciences minières et de l’énergie. Des instituts conjoints, des transferts de technologie et des programmes de formation sur place seraient cependant plus structurants qu’une politique reposant exclusivement sur l’attribution de bourses à l’étranger.

Dans le domaine sanitaire, le partenariat pourrait porter sur la formation médicale, la production de médicaments, les équipements hospitaliers, la télémédecine et la lutte contre les maladies endémiques.

Ces secteurs sont moins visibles que la coopération militaire, mais leur influence sur la sécurité humaine et la légitimité des institutions publiques est déterminante.

MEDIAS, INFORMATION ET SOUVERAINETE NARRATIVE

La coopération médiatique a constitué un autre volet de la rencontre. Un partenariat entre la télévision confédérale AES et le réseau russe RT a notamment été annoncé en marge des consultations.

Pour les États de l’AES, le développement d’outils médiatiques communs répond à une volonté de mieux faire connaître leurs politiques, de défendre leurs positions et de répondre aux campagnes qu’ils considèrent comme hostiles ou désinformatrices. Cette stratégie participe à la construction d’une identité confédérale.

Mais la souveraineté informationnelle ne peut se limiter à remplacer des récits étrangers par un récit officiel unique. Elle suppose la formation de journalistes, la vérification des informations, le pluralisme, l’accès aux données publiques et la possibilité d’évaluer indépendamment les résultats des politiques menées.

La crédibilité internationale d’un média dépend moins de son alignement géopolitique que de la qualité de son travail, de la fiabilité de ses sources et de sa capacité à distinguer information, analyse et communication institutionnelle.

UNE RECOMPOSITION STRATEGIQUE AUX MULTIPLES IMPLICATIONS

Le rapprochement AES-Russie s’inscrit dans une transformation plus générale des relations internationales de l’Afrique. De nombreux États cherchent désormais à multiplier leurs partenariats avec la Russie, la Chine, la Turquie, les pays du Golfe, l’Inde, le Brésil et d’autres puissances émergentes, sans nécessairement renoncer à leurs relations avec l’Europe ou les États-Unis.

Dans le Sahel, cette diversification prend une dimension particulière en raison de la dégradation des relations avec plusieurs anciens partenaires occidentaux, du retrait de dispositifs militaires étrangers et de la contestation des modèles traditionnels de coopération.

Pour Moscou, l’AES représente à la fois un partenaire politique, un espace d’influence, un marché potentiel et une région riche en ressources. Pour les États sahéliens, la Russie représente un partenaire capable de contribuer rapidement au renforcement militaire, de soutenir certaines positions diplomatiques et de participer à des projets stratégiques.

Cette convergence est réelle, mais elle n’efface pas les asymétries.

La Russie demeure une puissance mondiale disposant d’importantes capacités militaires, diplomatiques, technologiques et énergétiques, tandis que les États de l’AES restent confrontés à de graves difficultés budgétaires, sécuritaires, alimentaires et sociales. La qualité du partenariat dépendra donc de la capacité des gouvernements sahéliens à définir leurs priorités, à négocier collectivement et à protéger leurs intérêts à long terme.

LES CONDITIONS D’UNE REUSSITE DURABLE

La rencontre de Niamey a posé les fondations d’une coopération institutionnalisée, mais plusieurs défis demeurent.

  1. Le premier est celui de la concrétisation. Les mémorandums doivent déboucher sur des projets identifiés, budgétés et évaluables.

  2. Le deuxième concerne la transparence des accords, notamment dans les secteurs de la défense, des mines et de l’énergie

  3. Le troisième réside dans la soutenabilité financière : les grands projets ne doivent pas créer une dette excessive ou transférer durablement le contrôle de ressources stratégiques

  4. Le quatrième défi est social. La réussite du partenariat sera jugée à sa capacité à créer des emplois, réduire les inégalités territoriales, améliorer l’accès à l’électricité, à l’eau, à l’éducation et aux soins, et offrir des perspectives à la jeunesse.

  5. Le cinquième est régional : l’AES doit éviter que son rapprochement avec la Russie ne conduise à un isolement par rapport aux pays voisins, à la CEDEAO ou à l’Union africaine.

Enfin, le partenariat devra préserver une véritable autonomie de décision. La souveraineté ne consiste pas seulement à rompre avec un partenaire antérieur ; elle suppose de pouvoir coopérer avec plusieurs puissances sans se placer dans une relation exclusive ou subordonnée.

La deuxième session des consultations ministérielles de Niamey représente une étape décisive dans les relations entre la Confédération des États du Sahel et la Fédération de Russie. Sous l’impulsion de Karamoko Jean-Marie Traoré, Abdoulaye Diop, Bakary Yaou Sangaré et Sergueï Lavrov, le partenariat a acquis un cadre institutionnel, un programme pour 2026-2027 et une perspective de continuité avec la prochaine session prévue en Russie en 2027.

La coopération sécuritaire reste son socle immédiat, avec le soutien russe aux forces nationales et à la Force unifiée de l’AES. Mais la portée historique du rapprochement se jouera ailleurs : dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrialisation, l’éducation, la santé, les investissements et la transformation locale des ressources.

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