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FINANCIAL MARKETS & WEALTH MANAGEMENT
FINANCIAL MARKETS & WEALTH MANAGEMENT
UN CHANGEMENT D’ÉPOQUE PAS UN RETOURNEMENT DE CONJONCTURE
Le Forum de Crans Montana alerte depuis longtemps sur les conséquences
de l’affaissement continu de la qualité du leadership global et de la détérioration
du cadre de la finance internationale C’est la fin des certitudes…
Une contribution du CMF Forum de Crans Montana
et de la WDA World Diplomatic Academy
Apport documentaire de AI
LES MARCHÉS INTERNATIONAUX SE RAPPROCHENT DE CETTE FRONTIÈRE INVISIBLE AU-DELÀ DE LAQUELLE LES ANCIENNES LOIS ÉCONOMIQUES NE PRODUISENT PLUS LES EFFETS ATTENDUS.
Cette frontière peut être comparée à « l’horizon des événements » décrit par l’astrophysique : la limite entourant un trou noir à partir de laquelle les phénomènes échappent aux modèles ordinaires d’observation et de prévision.
Transposée à l’économie mondiale, cette image permet de comprendre la nature du bouleversement en cours. Les investisseurs ne sont plus seulement confrontés à une augmentation de la volatilité, à un ralentissement cyclique ou à une correction passagère des marchés. Ils entrent dans une période où les relations économiques considérées comme acquises depuis plusieurs décennies deviennent incertaines.
Pendant longtemps, la mondialisation, la baisse tendancielle des taux d’intérêt, la libre circulation des capitaux, l’ouverture progressive des marchés et la stabilité relative des grandes puissances ont constitué les fondements de l’allocation d’actifs.
Les investisseurs pouvaient raisonnablement supposer que les économies reviendraient, tôt ou tard, vers leurs moyennes historiques.
Une crise était toujours suivie d’une reprise, une hausse de l’inflation appelait une réponse monétaire, et une chute des marchés finissait finalement par créer des occasions d’achat.
Ces mécanismes n’ont pas entièrement disparu. Mais ils ne peuvent plus être considérés comme des automatismes. Le véritable danger ne réside plus uniquement dans l’instabilité des cours.
Il tient au fait que les modèles utilisés pour interpréter l’instabilité reposent sur un monde qui n’existe plus.
Cette transformation structurelle est alimentée par cinq forces principales : la recomposition géostratégique, les mutations sociétales, l’accumulation de la dette publique, le changement climatique et l’intelligence artificielle.
Chacune de ces forces est, à elle seule, susceptible de modifier profondément l’économie mondiale. Leur convergence caractérise le changement d’époque.
LE RETOUR BRUTAL DE LA GÉOSTRATEGIE
Au lendemain de la guerre froide, une partie du monde occidental avait voulu croire que les relations économiques prendraient progressivement le pas sur les rivalités stratégiques. Le commerce devait rapprocher les peuples, réduire les risques de confrontation et favoriser l’émergence d’un ordre international fondé sur l’interdépendance et la mondialisation.
Cette vision est désormais remise en cause. La guerre en Europe, l’instabilité persistante et la guerre aux Proche et Moyen-Orient, la compétition sino-américaine, la montée en puissance des économies émergentes et la formation de nouvelles alliances démontrent que la géopolitique a repris une place centrale dans les décisions économiques.
Les échanges commerciaux ne sont plus seulement déterminés par les prix, la qualité et la compétitivité. Ils dépendent également de considérations de sécurité nationale, de souveraineté technologique, d’autonomie énergétique et de contrôle des ressources stratégiques.
Les États cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, à relocaliser certaines productions et à réduire leur dépendance envers des partenaires considérés comme politiquement ou militairement vulnérables ou potentiellement hostiles.
Il en résulte une fragmentation progressive de l’économie mondiale. Les chaînes de valeur, qui avaient été organisées en fonction de la recherche du coût le plus faible, sont désormais évaluées à l’aune de leur résilience.
Les entreprises doivent arbitrer entre efficacité économique et sécurité stratégique. Le prix d’un produit ne reflète plus seulement son coût de production : il intègre aussi le risque politique, la sécurité de son acheminement et la stabilité du pays dont il provient.
Les sanctions économiques, l’extra-territorialité, les droits de douane, les restrictions technologiques et les politiques de subvention industrielle deviennent les instruments ordinaires de la confrontation entre puissances. La distinction traditionnelle entre politique économique et politique étrangère s’efface.
Cette évolution entraîne une augmentation considérable et durable des coûts. La duplication des chaînes d’approvisionnement, la constitution de stocks stratégiques, la relocalisation industrielle et la diversification des fournisseurs offrent une meilleure sécurité, mais réduisent les gains de productivité associés à la mondialisation.
Le monde devient plus résilient dans certains domaines, mais également plus cher, plus complexe et plus difficile à anticiper.
UNE CRISE DE CONFIANCE AU CŒUR DES SOCIÉTÉS
La recomposition géopolitique s’accompagne d’évolutions sociales tout aussi profondes. Dans de nombreux pays, les inégalités patrimoniales se sont accentuées. La hausse du prix des actifs financiers et immobiliers a favorisé les détenteurs de capitaux, tandis qu’une partie des classes moyennes et populaires a vu son pouvoir d’achat progresser beaucoup plus lentement.
Cette divergence alimente un sentiment de déclassement et une méfiance croissante à l’égard des institutions. Les gouvernements, les banques centrales, les médias, les grandes entreprises et parfois même les mécanismes de la démocratie représentative font l’objet d’une contestation plus forte.
Cette crise de confiance n’est pas sans conséquence pour les marchés. Elle favorise l’instabilité politique, la polarisation des opinions et l’arrivée au pouvoir de mouvements remettant en cause les orientations économiques traditionnelles. Les politiques budgétaires, fiscales et commerciales peuvent ainsi connaître des changements soudains, difficiles à prévoir à partir des seules données économiques.
Les gouvernements sont par ailleurs soumis à une pression contradictoire. Ils doivent maîtriser leurs dépenses et leur dette, tout en répondant aux attentes croissantes de la population en matière de protection sociale, de sécurité, de santé, de logement, de transition énergétique et de pouvoir d’achat.
Dans les sociétés vieillissantes, cette tension devient encore plus forte. Le financement des retraites, des systèmes de santé et de la dépendance pèse davantage sur les finances publiques. La croissance économique ralentit, tandis que les besoins collectifs continuent d’augmenter. Les choix budgétaires deviennent donc plus difficiles et politiquement plus sensibles.
LA DETTE PUBLIQUE, FRAGILITÉ CENTRALE DU SYSTÈME
Depuis plusieurs décennies, l’économie mondiale s’est habituée à l’abondance de liquidités et à la faiblesse des taux d’intérêt. Après chaque crise majeure, les banques centrales ont abaissé le coût du crédit et soutenu les marchés financiers.
Cette politique a contribué à stabiliser l’économie, mais elle a aussi encouragé l’endettement et provoqué une forte appréciation de nombreux actifs.
L’argent bon marché a permis aux États, aux entreprises et aux ménages d’anticiper une partie de leur consommation future. Tant que les taux restaient bas et que la croissance permettait de refinancer facilement les dettes, ce mécanisme paraissait soutenable.
Mais aucun système ne peut durablement transférer la consommation de demain vers aujourd’hui sans en payer le prix. Lorsque l’inflation augmente et que les taux d’intérêt remontent, le coût du service de la dette devient plus lourd. Les États doivent alors consacrer une part croissante de leur budget au paiement des intérêts, au détriment des investissements, des infrastructures ou des politiques sociales.
Une dette publique élevée réduit la capacité d’intervention des gouvernements lors de nouvelles crises. Les États ont pu mobiliser des moyens considérables pendant la crise financière mondiale puis durant la pandémie.
Ils pourraient désormais disposer de marges de manœuvre beaucoup plus étroites face à une prochaine récession, un choc énergétique, une crise bancaire ou un conflit majeur.
Les banques centrales se trouvent, elles aussi, confrontées à un dilemme. Si elles maintiennent des taux élevés pour combattre l’inflation, elles fragilisent les emprunteurs et ralentissent l’activité économique. Si elles réduisent trop rapidement les taux, elles prennent le risque de relancer l’inflation et d’affaiblir la crédibilité de leur politique monétaire.
Nous ne sommes donc pas simplement confrontés à un cycle conjoncturel ordinaire. Il s’agit d’une transformation dans laquelle l’endettement, l’inflation, les choix politiques et la stabilité financière sont de plus en plus étroitement liés.
LE CLIMAT EST DEVENU UN FACTEUR ÉCONOMIQUE ET FINANCIER
Le changement climatique constitue un autre facteur de rupture. Ses conséquences ne se limitent plus à la protection de l’environnement. Elles affectent directement l’agriculture, l’immobilier, les assurances, les infrastructures, les transports, la production énergétique et les finances publiques.
Les événements climatiques extrêmes peuvent détruire des actifs, interrompre des chaînes d’approvisionnement et entraîner des coûts considérables pour les collectivités.
Dans certaines régions, l’assurabilité des biens devient plus difficile. La raréfaction de l’eau, la désertification et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes peuvent également accentuer les migrations et les tensions géopolitiques.
LES INCENDIES,
NOUVEAU RISQUE SYSTÉMIQUE POUR LES ÉCONOMIES ET LES ASSURANCES
La propagation spectaculaire des incendies à travers le monde constitue désormais un risque économique et social majeur. Leur multiplication détruit des logements, des exploitations agricoles, des entreprises, des infrastructures et des écosystèmes dont la reconstitution exige des investissements considérables.
Au-delà des pertes humaines et matérielles immédiates, ces catastrophes entraînent des déplacements de population, une dévalorisation durable de certaines régions, une détérioration de la qualité de l’air et des conséquences sanitaires susceptibles de peser longtemps sur les collectivités.
Elles affectent le tourisme, l’agriculture, les réseaux énergétiques et les finances publiques, tandis que les municipalités doivent consacrer des moyens croissants à la prévention, à la lutte contre le feu et à la reconstruction.
Pour le secteur des assurances, l’augmentation simultanée de la fréquence, de l’intensité et de l’étendue géographique des incendies remet profondément en cause les modèles traditionnels d’évaluation du risque. Les primes augmentent, les franchises deviennent plus lourdes et certains assureurs réduisent leur exposition ou refusent désormais de couvrir les zones les plus vulnérables.
Cette évolution fait apparaître le danger d’une véritable fracture assurantielle : des territoires entiers pourraient devenir difficilement assurables, entraînant une baisse de la valeur des biens immobiliers et une aggravation des inégalités entre les populations capables de financer leur propre protection et celles qui dépendront de l’intervention publique.
À terme, la multiplication des incendies pourrait donc transformer un risque environnemental en risque financier systémique, imposant une coopération beaucoup plus étroite entre États, collectivités, assureurs, réassureurs, investisseurs et propriétaires.
Dans le même temps, la transition énergétique nécessite des investissements massifs. La modernisation des réseaux électriques, le développement de nouvelles capacités de production, le stockage de l’énergie, la rénovation des bâtiments et l’adaptation des infrastructures représentent des besoins de financement considérables.
Cette transition est porteuse d’occasions, mais elle comporte aussi des contradictions. Le développement des technologies bas carbone accroît la demande de cuivre, de lithium, de cobalt, de terres rares et d’autres minerais critiques. La compétition pour l’accès à ces ressources créera de nouvelles dépendances et de nouvelles rivalités.
L’énergie demeure ainsi l’un des secteurs les plus stratégiques pour les prochaines décennies. Les investisseurs doivent cependant distinguer les entreprises réellement capables de créer de la valeur de celles dont les modèles reposent excessivement sur les subventions publiques, les effets de mode ou des projections technologiques encore incertaines.
L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, ACCÉLÉRATEUR DU CHANGEMENT D’ÈRE
Parmi toutes les transformations en cours, l’intelligence artificielle est probablement celle qui possède le potentiel de rupture le plus important.
Elle ne constitue pas seulement une nouvelle branche de l’industrie numérique. Elle pourrait modifier l’organisation du travail, la production des connaissances, la recherche scientifique, la médecine, l’éducation, la défense et l’ensemble des activités de services.
Les progrès récents des modèles d’intelligence artificielle ont surpris par leur rapidité. À mesure que le volume des données, la puissance informatique et les capacités d’entraînement augmentent, ces systèmes deviennent capables d’accomplir des tâches d’une complexité croissante, notamment en programmation, en mathématiques, en analyse documentaire et en recherche scientifique.
Cette progression entraînera d’importants gains de productivité. Des tâches répétitives seront automatisées, les processus industriels optimisés et les délais de recherche réduits. Dans le domaine médical, l’intelligence artificielle pourrait accélérer l’identification de molécules, améliorer le diagnostic et faciliter la conception de traitements personnalisés.
Mais l’intelligence artificielle constitue également une source d’incertitude sociale. Certains métiers disparaîtront, d’autres seront profondément transformés et de nouvelles professions apparaîtront.
Les gains de productivité ne seront pas nécessairement répartis de manière équitable. Si les bénéfices sont concentrés entre quelques entreprises, propriétaires de données et détenteurs de technologies, les inégalités pourraient encore s’accroître.
L’intelligence artificielle devient aussi un instrument de puissance géopolitique. Le contrôle des semi-conducteurs avancés, des centres de données, des infrastructures numériques et des modèles les plus performants revêt désormais une importance stratégique comparable à celle qu’avaient autrefois le pétrole, l’acier ou l’énergie nucléaire.
Les restrictions à l’exportation de puces et d’équipements sensibles peuvent ralentir la diffusion de certaines technologies. Elles peuvent également favoriser la constitution de systèmes technologiques concurrents et pousser les pays concernés à développer leurs propres capacités.
À long terme, une fragmentation excessive pourrait créer des monopoles régionaux, réduire la coopération scientifique et ralentir l’innovation mondiale.
LES LIMITES DE LA PRÉVISION ALGORITHMIQUE
L’intelligence artificielle est souvent présentée comme un outil capable d’améliorer considérablement les prévisions économiques. Il faut pourtant rester prudent.
Les systèmes d’apprentissage identifient principalement des relations déjà présentes dans les données historiques. Ils peuvent reconnaître des configurations complexes, mais demeurent dépendants de ce qui s’est produit dans le passé.
Or la difficulté actuelle réside précisément dans le fait que le monde entre dans une configuration nouvelle. Il n’existe pas de précédent parfaitement comparable à la convergence actuelle de la fragmentation géopolitique, de la dette massive, du vieillissement démographique, de la transition climatique et de l’intelligence artificielle.
Lorsque les règles du système changent, les données historiques perdent une partie de leur pouvoir explicatif. Un modèle, aussi sophistiqué soit-il, peut produire des résultats très précis dans un environnement stable et se révéler inadapté dès qu’une rupture intervient.
La créativité humaine, le jugement et la capacité à envisager des scénarios demeurent donc indispensables. L’avenir ne peut pas être considéré comme une simple prolongation statistique du passé. Il doit être pensé comme un ensemble de possibilités, dont certaines ne se sont encore jamais réalisées.
LA GESTION PAR SCÉNARIOS COMME NOUVELLE DISCIPLINE
Dans cet environnement, l’objectif ne consiste plus à prévoir avec certitude une trajectoire unique. Il s’agit de construire plusieurs scénarios plausibles et de préparer des réponses adaptées à chacun d’eux.
Un scénario pourrait être celui d’un ralentissement économique accompagné d’une désinflation progressive. Un autre pourrait associer croissance faible et inflation durable. Un troisième pourrait être marqué par une crise géopolitique provoquant une flambée des prix de l’énergie. Un quatrième pourrait reposer sur une accélération spectaculaire de la productivité grâce à l’intelligence artificielle.
La gestion par scénarios ne supprime pas l’incertitude. Elle évite cependant qu’un portefeuille repose entièrement sur une seule hypothèse. Elle permet d’identifier à l’avance les actifs les plus vulnérables, de préserver des liquidités et de prévoir des possibilités d’action en cas de retournement brutal. Cette méthode suppose une discipline régulière.
Les corrélations historiques entre les différentes classes d’actifs ne doivent pas être considérées comme immuables. Les obligations, par exemple, ne jouent pas toujours leur rôle traditionnel de protection lorsque l’inflation et les taux augmentent simultanément.
La diversification doit donc être repensée. Elle ne consiste pas simplement à multiplier le nombre de titres détenus. Elle doit porter sur les sources de rendement, les zones géographiques, les monnaies, les horizons temporels et les sensibilités aux différents risques.
LA FIN DU CONFORT DU « BUY AND HOLD »
La stratégie consistant à acheter des indices largement diversifiés et à les conserver pendant une longue période a offert d’excellents résultats dans un monde caractérisé par la mondialisation, la baisse des taux et le soutien durable des banques centrales.
Elle ne perd pas nécessairement toute pertinence. Mais elle deviendra insuffisante dans un environnement fragmenté, marqué par des changements technologiques rapides et des interventions politiques plus fréquentes.
Les grands indices sont souvent très concentrés autour d’un nombre réduit de groupes technologiques. Une diversification apparente peut ainsi masquer une dépendance importante envers quelques entreprises, un même modèle économique et une même région du monde.
La gestion de long terme devra donc devenir plus active dans sa réflexion, même lorsqu’elle demeure patiente dans son exécution. Il faudra accepter de remettre en question certaines positions, de modifier les pondérations et d’intégrer, avec prudence, de nouvelles classes d’actifs.
Il ne s’agit pas de multiplier les opérations spéculatives, mais d’éviter l’immobilisme.
La volatilité ne doit plus être perçue comme une anomalie appelée à disparaître rapidement. Elle pourrait devenir une réalité périodique et durable.
OÙ SE TROUVERONT LES RENDEMENTS DE DEMAIN ?
Malgré ces risques, les transformations actuelles ouvrent d’importantes perspectives d’investissement. L’énergie, l’intelligence artificielle et la santé figurent parmi les secteurs présentant le potentiel le plus considérable.
Dans le domaine énergétique, les besoins concernent à la fois les sources traditionnelles, indispensables pendant la transition, et les technologies nouvelles : réseaux électriques, stockage, efficacité énergétique, nucléaire, renouvelables et infrastructures.
L’intelligence artificielle offre des perspectives dans les semi-conducteurs, les centres de données, les logiciels, la cybersécurité et les applications industrielles. Mais les valorisations doivent être examinées avec rigueur. Une révolution technologique peut transformer l’économie sans pour autant garantir que toutes les entreprises qui s’en réclament constitueront de bons investissements.
Le secteur de la santé bénéficie, quant à lui, de tendances démographiques puissantes. Le vieillissement de la population augmente les besoins en soins, en diagnostic, en traitements et en accompagnement de la dépendance. L’association de la biotechnologie, de la médecine personnalisée et de l’intelligence artificielle pourrait accélérer le développement de nouveaux médicaments.
Les infrastructures, la défense, la cybersécurité et les ressources critiques pourraient également bénéficier de la volonté des États de renforcer leur autonomie stratégique.
LE FACTEUR POLITIQUE AMÉRICAIN
Les élections américaines de mi-mandat constitueront l’un des rendez-vous politiques majeurs du second semestre. Leur résultat déterminera en partie la légitimité à agir et lacapacité de la Maison-Blanche à poursuivre son étrange programme intérieur et international.
Une victoire de l’opposition démocrate au Congrès pourrait créer une situation de blocage institutionnel.
Paradoxalement, les marchés pourraient interpréter cette paralysie comme un facteur de stabilité, dans la mesure où elle limiterait les changements politiques les plus radicaux et surprenants.
À l’inverse, une victoire républicaine renforcerait la capacité du président à poursuivre ses orientations commerciales et géopolitiques avec une opposition intérieure plus faible...
Cela pourrait accélérer certaines initiatives concernant les droits de douane, les relations avec les alliés, la Chine et les institutions multilatérales.
Il reste cependant impossible en l’état d’imaginer la stratégie exacte que Washington adoptera à l’égard de Pékin. Une tentative de rapprochement stratégique, inspirée des grandes manœuvres diplomatiques du XXe siècle, ne pourrait réussir que si les dirigeants chinois étaient mis en confiance et estimaient qu’elle correspond à leurs propres intérêts.
Jusqu’à ce que l’orientation politique américaine soit clarifiée, l’éventail des évolutions possibles demeurera particulièrement large. Les marchés pourraient aussi bien bénéficier d’une amélioration de la visibilité que subir de nouvelles tensions commerciales et diplomatiques.
INVESTIR
EXIGE DÉSORMAIS UNE NOUVELLE FORME DE LUCIDITÉ
La principale menace n’est peut-être pas l’incertitude elle-même, mais le manque de préparation, voire de compétence, des responsables politiques, des institutions et des investisseurs.
L’histoire économique montre que les pertes les plus importantes surviennent souvent lorsque les acteurs continuent d’appliquer des raisonnements anciens à une réalité nouvelle.
Franchir «l’horizon des événements» ne signifie pas nécessairement entrer dans une période de catastrophe. Cela signifie pénétrer dans un espace où les repères traditionnels ne suffisent plus.
Dans ce nouveau monde, la réussite ne reposera pas uniquement sur la capacité à sélectionner les actifs les plus performants.
Elle dépendra de la résilience des portefeuilles, de la qualité des scénarios envisagés, de la maîtrise des risques et de la faculté de modifier rapidement son jugement lorsque les faits l’exigent.
Les investisseurs devront conjuguer prudence et audace : prudence face à l’endettement, aux valorisations excessives et aux tensions géopolitiques; audace pour identifier les secteurs qui façonneront l’économie de demain.
La leçon essentielle est claire : l’avenir ne récompensera pas ceux qui attendent le retour du monde d’hier.
Il appartiendra à ceux qui accepteront de remettre en question leurs certitudes, d’observer les transformations avec lucidité et de construire des stratégies capables de résister à plusieurs futurs possibles.
Le temps des projections linéaires s’achève.
Celui de l’adaptation, de l’anticipation et de la pensée par scénarios ne fait que commencer.
