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ONU - ELECTIONS 2026
L’ELECTION DU PROCHAIN SECRETAIRE GENERAL DE L’ONU
EST UN CHOIX EXTREMEMENT SERIEUX POUR LE MONDE
Une contribution du Forum de Crans Montana
soutien documentaire de AI
La crise du multilatéralisme
est la rupture entre la légitimité universelle et la réalité du pouvoir
L’Organisation des Nations Unies est née d’une conviction historique : la paix internationale ne peut être durablement garantie par le seul équilibre des puissances.
La Société des Nations avait échoué à empêcher la Seconde Guerre mondiale. Les fondateurs de l’ONU avaient donc voulu établir un système de sécurité collective capable de concilier la souveraineté des États, la primauté du droit international et la responsabilité particulière des grandes puissances.
Cette architecture reposait cependant sur un compromis fondamental : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité disposeraient d’un droit de veto, destiné à garantir qu’aucune décision majeure de sécurité collective ne puisse leur être imposée contre leur volonté.
Le système reconnaissait ainsi, dès l’origine, que l’universalité juridique des Nations Unies devait coexister avec les réalités politiques et militaires du monde.
Cette contradiction, longtemps contenue par les nécessités de la coopération internationale, apparaît aujourd’hui avec une acuité particulière.
Mais aujourd’hui, les grandes puissances disposent de moyens militaires, financiers, technologiques et diplomatiques leur permettant d’agir indépendamment des institutions multilatérales. Elles peuvent constituer des coalitions, développer des partenariats stratégiques ou conduire des opérations sans rechercher systématiquement une décision collective.
L’Organisation conserve sa légitimité juridique universelle, mais cette légitimité ne se traduit plus par une capacité effective à influencer les décisions des principaux acteurs internationaux. Il en résulte une dissociation préoccupante entre le droit et la puissance.
Le droit international demeure le fondement de l’ordre multilatéral, tandis que les rapports de force déterminent de plus en plus fréquemment les conditions concrètes dans lesquelles les crises sont traitées.
La question centrale n’est donc pas seulement de savoir si les Nations Unies disposent des instruments nécessaires à leur mission. Elle est de déterminer si les États qui les composent entendent encore leur reconnaître une véritable fonction politique dans la gestion des affaires internationales.
LE PARADOXE DES GRANDES PUISSANCES
VOULOIR UNE ORGANISATION UTILE MAIS SANS CONTRAINTES
La crise contemporaine des Nations Unies ne peut être comprise sans examiner la relation ambivalente que les grandes puissances entretiennent avec l’institution.
Elles ont besoin d’un cadre international permettant de légitimer certaines initiatives, de coordonner les réponses humanitaires, de prévenir les conflits et de préserver les conditions générales de la stabilité mondiale.
Mais elles peuvent également considérer les mécanismes multilatéraux comme des contraintes lorsqu’elles entendent préserver leur liberté d’action.
Il en résulte un paradoxe institutionnel : les États qui disposent des moyens les plus importants pour soutenir l’Organisation sont aussi ceux dont les décisions peuvent limiter le plus fortement sa capacité d’intervention.
La question mérite d’être posée dans toute sa portée politique :
les principales puissances souhaitent-elles une Organisation capable d’exercer une autorité diplomatique autonome, ou privilégient-elles
un système multilatéral dont l’influence demeure subordonnée
à leurs propres intérêts ?
Il serait excessif d’attribuer une intention uniforme à des États dont les intérêts et les conceptions du multilatéralisme diffèrent profondément. Cependant, les mécanismes institutionnels produisent parfois des effets qui ne dépendent pas des intentions déclarées.
Une organisation financièrement dépendante, politiquement divisée et privée de moyens suffisants pour mettre en œuvre ses décisions risque de voir sa fonction progressivement réduite à celle d’un espace de consultation et d’assistance. Elle peut continuer à accueillir les débats du monde sans nécessairement peser sur leur issue.
Or, une organisation universelle dont les décisions seraient systématiquement contournées dans les crises les plus importantes perdrait progressivement une partie de sa raison d’être politique.
C’est précisément cette évolution qui doit être examinée à l’occasion de la prochaine succession à la tête des Nations Unies.
UNE CRISE FINANCIERE
QUI DEVIENT UNE CRISE DE SOUVERAINETE INSTITUTIONNELLE
Les difficultés financières actuelles des Nations Unies constituent l’une des manifestations les plus concrètes de leur fragilisation. Selon les données officielles publiées en juin 2026 dans le cadre de l’initiative UN80, les contributions de base des pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE au système des Nations Unies ont diminué de 27% en 2025.
Les arriérés de contributions mises en recouvrement auprès du Secrétariat, pour le budget ordinaire et les opérations de maintien de la paix, atteignaient 6,6 milliards de dollars en avril 2026, contre 3,4 milliards en 2022.
Ces données traduisent une détérioration préoccupante des conditions dans lesquelles l’Organisation exerce ses missions.
Les États-Unis occupent une place particulière dans cette évolution, compte tenu de leur poids financier et politique.
Le 16 septembre 2026, Washington a effectué un versement de 725 millions de dollars au budget ordinaire des Nations Unies, tout en conservant des arriérés substantiels. Cette décision intervient après des réductions et des retards de financement qui ont accentué les difficultés de trésorerie de l’Organisation.
Il serait néanmoins inexact de réduire la crise financière des Nations Unies à la seule politique américaine. Le modèle de financement de l’Organisation présente des vulnérabilités structurelles, notamment la dépendance à l’égard des contributions des États membres et la part importante des ressources volontaires affectées à des programmes déterminés.
La conséquence institutionnelle est majeure. Une organisation qui doit consacrer une part croissante de son énergie à préserver ses ressources, réorganiser ses services et réduire ses dépenses risque de voir sa capacité d’initiative politique diminuée.
Aussi, la réforme administrative est nécessaire. Elle peut améliorer l’efficacité, réduire les duplications et renforcer la transparence. Mais elle ne saurait, à elle seule, résoudre une crise qui trouve son origine dans les relations entre l’Organisation et les gouvernements qui la financent.
L’initiative UN80 reconnaît d’ailleurs que les gains d’efficacité ne suffiront pas à résoudre les difficultés financières actuelles. La question budgétaire devient ainsi une question de souveraineté institutionnelle : dans quelle mesure une organisation universelle peut-elle exercer pleinement ses responsabilités lorsque ses moyens d’action dépendent de décisions financières nationales susceptibles de varier au gré des circonstances politiques ?
LES CRISES INTERNATIONALES
REVELENT LES LIMITES DE LA SECURITE COLLECTIVE
L’affaiblissement des Nations Unies prend une dimension particulière lorsque l’on examine les grandes crises contemporaines.
La guerre en Ukraine, les affrontements au Moyen-Orient, les tensions entre les États-Unis et la Chine, la situation de Taïwan, les conflits africains et les menaces pesant sur les principales routes commerciales constituent autant de défis à la capacité de la communauté internationale d’organiser une réponse collective.
La sécurité internationale ne se limite plus à la prévention des affrontements militaires entre États. Elle englobe désormais la sécurité énergétique, alimentaire, sanitaire, maritime, technologique et financière.
LES DETROITS D’ORMUZ ET BAB EL-MANDEB ILLUSTRENT CETTE INTERDEPENDANCE
Une perturbation majeure de ces passages stratégiques affecte simultanément les marchés énergétiques, les chaînes d’approvisionnement, les coûts de transport et la sécurité alimentaire de populations situées à des milliers de kilomètres des zones de conflit.
Les rivalités technologiques entre les États-Unis et la Chine, notamment autour de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs et des infrastructures numériques, introduisent également de nouvelles dimensions dans les rapports de puissance.
Face à ces transformations,
une organisation internationale limitée à une conception traditionnelle
de la diplomatie interétatique ne peut répondre à l’ensemble des enjeux contemporains.
Les Nations Unies disposent pourtant d’une architecture institutionnelle permettant d’aborder ces différentes dimensions. Leur difficulté réside dans la fragmentation des décisions, la concurrence des priorités nationales et l’insuffisance des moyens politiques permettant de transformer les analyses et les résolutions en actions concertées.
LE CAS DE CHYPRE
EST PARTICULIEREMENT REVELATEUR
Depuis plusieurs décennies, les Nations Unies accompagnent les efforts de règlement du différend chypriote. Les initiatives diplomatiques se sont succédées sans permettre la conclusion d’un accord politique global.
Les discussions organisées notamment à Crans-Montana ont débouché sur des initiatives de confiance, tandis que de nouvelles démarches ont été engagées en 2026. Mais le différend fondamental demeure néanmoins non résolu.
Cette situation appelle une distinction essentielle.
L’absence de règlement définitif ne signifie pas que l’action des Nations Unies ait été dépourvue de toute utilité : le maintien de canaux de dialogue et la prévention d’une reprise des hostilités constituent des fonctions importantes.
Elle démontre cependant les limites d’une médiation internationale lorsque les parties concernées et les puissances impliquées ne parviennent pas à définir les conditions politiques d’un compromis.
L’expérience chypriote pose ainsi une question générale : comment permettre aux Nations Unies de dépasser la gestion prolongée des crises pour contribuer plus efficacement à leur résolution ?
GENEVE INTERNATIONALE
CONSEQUENCES TERRITORIALES ET HUMAINES DU RECUL DU MULTILATERALISME
La crise des Nations Unies possède également une dimension territoriale trop souvent négligée. Genève occupe une place historique dans l’architecture de la coopération internationale.
Héritière de la tradition humanitaire suisse et du rôle de la Société des Nations, elle constitue un centre majeur de diplomatie multilatérale, de négociation, de coopération humanitaire, de santé mondiale et de gouvernance technique.
Son importance dépasse largement celle d’une ville accueillant des organisations internationales. Genève représente un écosystème diplomatique dans lequel se rencontrent gouvernements, institutions spécialisées, organisations non gouvernementales, entreprises, universités et centres de recherche.
Cet écosystème repose sur une concentration exceptionnelle de compétences et de réseaux internationaux.
Les réductions budgétaires, les suppressions de postes et les réorganisations institutionnelles ont des conséquences qui dépassent les seules structures administratives des Nations Unies. Elles affectent l’emploi, les services, les capacités d’expertise et les conditions générales dans lesquelles s’exerce la diplomatie internationale.
La concurrence entre les villes qui cherchent à accueillir des institutions internationales introduit une dimension supplémentaire.
La localisation des organisations peut devenir un enjeu économique, diplomatique et géopolitique, particulièrement lorsque les contraintes budgétaires conduisent à rechercher des implantations moins coûteuses ou de nouvelles configurations opérationnelles.
Toutefois, l’avenir de Genève ne saurait être réduit à une compétition immobilière ou fiscale entre centres internationaux. Sa valeur repose notamment sur la densité de son réseau diplomatique, la neutralité suisse, les compétences disponibles et la continuité historique de ses institutions.
La préservation de cet ensemble suppose une réflexion stratégique associant la Suisse, les autorités genevoises, les organisations internationales et leurs États membres.
La question fondamentale demeure néanmoins celle de l’avenir du système multilatéral lui-même. Une Genève internationale dynamique suppose des organisations internationales disposant de missions clairement définies, de ressources suffisantes et d’une capacité réelle à répondre aux besoins de la communauté mondiale.
LE SECRETAIRE GENERAL :
BRILLANT FONCTIONNAIRE OU ACTEUR INFLUENT DE LA DIPLOMATIE MONDIALE ?
La fonction de Secrétaire général des Nations Unies présente une singularité institutionnelle fondamentale. L’article 97 de la Charte le définit comme le plus haut fonctionnaire de l’Organisation.
Mais cette qualification administrative ne résume pas la portée de ses responsabilités. L’article 99 lui permet de porter à l’attention du Conseil de sécurité toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales. La Charte lui reconnaît ainsi une capacité propre d’initiative politique.
L’histoire des Nations Unies montre que cette fonction a été exercée selon des conceptions différentes, en fonction des circonstances internationales, des personnalités et des rapports de force entre les États membres.
Dag Hammarskjöld a contribué à développer une conception active et indépendante du Secrétariat, notamment dans le domaine de la diplomatie préventive.
Boutros Boutros-Ghali a proposé, à travers son Agenda pour la paix de 1992, une réflexion structurante sur la prévention des conflits, le rétablissement de la paix et la consolidation de la paix après les conflits.
Kofi Annan a placé les droits humains, le développement et la responsabilité internationale au cœur de plusieurs grandes initiatives de réforme.
Ces expériences illustrent les possibilités d’action offertes par la fonction, sans effacer les contraintes imposées par la Charte et les décisions des États membres.
La question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas de choisir abstraitement entre un diplomate, un ancien chef d’État, un responsable politique ou un haut fonctionnaire international. Ces parcours peuvent apporter des compétences différentes et complémentaires.
Elle consiste à déterminer quelles capacités sont nécessaires pour exercer une fonction qui exige simultanément une autorité morale, une compréhension approfondie des rapports de puissance, une expérience de la négociation, une maîtrise des institutions et une aptitude à diriger une organisation complexe.
Le Secrétaire général doit pouvoir dialoguer avec les dirigeants des grandes puissances tout en préservant son indépendance à leur égard. Il doit être capable de défendre les principes de la Charte sans transformer l’Organisation en instrument de confrontation politique. Il doit également mobiliser les États autour d’objectifs communs, y compris lorsque leurs intérêts immédiats divergent.
La légitimité de cette fonction ne découle pas seulement de la procédure de nomination. Elle se construit dans l’exercice quotidien d’une responsabilité universelle.
LA SUCCESSION DE 2026
UNE DECISION INSTITUTIONNELLE AUX CONSEQUENCES DURABLES
La désignation du dixième Secrétaire général des Nations Unies intervient à un moment où les interrogations sur l’avenir de l’Organisation se multiplient.
Le mandat d’António Guterres s’achèvera le 31 décembre 2026. Conformément à l’article 97 de la Charte, son successeur sera nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité.
Cette procédure confère aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité une influence déterminante, compte tenu de leur droit de veto. Elle donne également aux États membres l’occasion d’examiner publiquement les conceptions de la fonction défendues par les candidats.
Les débats entourant cette succession portent actuellement sur la représentation géographique et l’égalité entre les femmes et les hommes. On est malheureusement bien loin de la réalité...
Ces considérations répondent à des enjeux de représentativité et de légitimité au sein d’une organisation universelle. Elles doivent être examinées conjointement avec les qualifications professionnelles, l’expérience internationale, les conceptions institutionnelles et les capacités de leadership des candidats.
La diversité des parcours présentés dans le cadre de cette succession illustre la pluralité des expériences susceptibles de contribuer à la direction des Nations Unies.
La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall introduit dans ce débat l’expérience d’un ancien chef d’État africain respecté, ayant exercé des responsabilités nationales, continentales et internationales. Elle invite à examiner la place que peuvent occuper les expériences de gouvernement et de négociation au plus haut niveau dans l’exercice de la fonction de Secrétaire général.
D’autres candidatures apportent des expériences issues de la direction d’organisations internationales, de la diplomatie multilatérale et de responsabilités gouvernementales. Le débat institutionnel gagne à porter sur la manière dont ces expériences peuvent répondre aux défis identifiés, plutôt que sur une opposition de principe entre catégories de candidats.
L’enjeu de cette succession dépasse ainsi les considérations de carrière et les équilibres traditionnels de représentation. Il concerne la conception même de la fonction de Secrétaire général et les conditions dans lesquelles les États membres souhaitent lui permettre d’exercer ses responsabilités.
REDONNER UNE CAPACITE D’INITIATIVE AUX NATIONS UNIES
LES CONDITIONS D’UN RENOUVEAU INSTITUTIONNEL
L’avenir des Nations Unies ne dépendra pas exclusivement de la personnalité de leur prochain Secrétaire général. Il dépendra également de la volonté des États membres de rétablir les conditions politiques, financières et institutionnelles nécessaires à leur action.
Plusieurs dimensions apparaissent essentielles :
La première concerne la diplomatie préventive
Les Nations Unies doivent disposer des moyens leur permettant d’intervenir diplomatiquement avant que les crises ne dégénèrent en conflits ouverts. Cette fonction suppose une capacité d’anticipation, des réseaux politiques de haut niveau et une coopération étroite avec les organisations régionales.
La deuxième concerne la relation avec les grandes puissances
L’Organisation ne peut ignorer leur rôle déterminant dans les équilibres mondiaux. Mais elle doit simultanément préserver sa vocation universelle et les principes d’égalité souveraine des États.
La troisième dimension concerne la sécurité globale
Les crises énergétiques, alimentaires, sanitaires, maritimes, environnementales et technologiques doivent être intégrées à une conception renouvelée de la prévention des conflits et de la stabilité internationale.
La quatrième concerne les moyens financiers.
Une organisation dont les responsabilités ne cessent de s’étendre ne peut fonctionner durablement sans ressources prévisibles, mécanismes de financement fiables et engagements respectés par les États membres.
Enfin, la cinquième dimension concerne la confiance.
La crédibilité des Nations Unies dépend de leur capacité à expliquer leurs décisions, à reconnaître les limites de leur action, à rendre compte de leurs résultats et à maintenir une cohérence entre les principes qu’elles défendent et les pratiques institutionnelles qu’elles mettent en œuvre.
Le renouveau du multilatéralisme suppose ainsi une articulation entre le leadership du Secrétaire général, la responsabilité des gouvernements et la réforme des mécanismes de coopération internationale. Aucun de ces éléments ne peut se substituer entièrement aux autres.
L’AVENIR DES NATIONS UNIES
EST D’ABORD UNE RESPONSABILITE POLITIQUE DES ÉTATS
La crise contemporaine des Nations Unies constitue l’une des grandes questions institutionnelles de notre époque. Elle intervient au moment même où l’interdépendance des sociétés rend la coopération internationale indispensable.
Les guerres, les rivalités entre puissances, les crises énergétiques, les perturbations des routes maritimes, les menaces sanitaires et les transformations technologiques produisent des conséquences qui dépassent les frontières nationales.
Aucun État, quelle que soit sa puissance, ne dispose à lui seul des moyens de maîtriser l’ensemble de ces phénomènes.
Les Nations Unies conservent, à cet égard, une caractéristique irremplaçable : elles réunissent dans un même cadre institutionnel des États dont les intérêts, les systèmes politiques et les conceptions du monde peuvent être profondément différents.
Cette universalité constitue une ressource diplomatique majeure. Elle ne suffit cependant pas à garantir l’efficacité de l’Organisation.
Le multilatéralisme ne peut fonctionner durablement si les États lui confient des responsabilités qu’ils ne lui donnent pas les moyens d’exercer, ou s’ils attendent de ses institutions qu’elles résolvent des différends pour lesquels ils refusent eux-mêmes les compromis nécessaires.
La prochaine succession à la tête des Nations Unies intervient donc dans un contexte où les États membres devront clarifier leurs attentes à l’égard de l’Organisation.
Souhaitent-ils lui reconnaître une capacité accrue d’initiative diplomatique ?
Entendent-ils renforcer ses moyens financiers et opérationnels ? Sont-ils disposés à soutenir une conception du leadership international qui conjugue indépendance, responsabilité et dialogue avec les principales puissances ?
Ces questions ne peuvent être résolues par une nomination à elle seule.
Mais la désignation du prochain Secrétaire général constitue un moment privilégié pour les poser publiquement et pour engager une réflexion sur les transformations nécessaires à l’Organisation. L’histoire des Nations Unies démontre que leur influence n’a jamais été indépendante de la volonté politique des États qui les composent.
Elle démontre également que leurs Secrétaires généraux peuvent, dans les limites de leur mandat, contribuer à ouvrir des espaces de dialogue, à mobiliser la communauté internationale et à faire progresser des initiatives que les gouvernements ne seraient pas nécessairement parvenus à engager seuls.
La véritable question n’est donc pas de savoir si le monde peut se passer des Nations Unies, mais de déterminer quelles Nations Unies les États sont aujourd’hui disposés à soutenir, à financer et à faire vivre.
À l’heure où les équilibres internationaux connaissent de profondes transformations, cette interrogation engage bien davantage que l’avenir d’une organisation.
Elle concerne la capacité de la communauté internationale à préserver un espace universel de dialogue, de droit et de coopération dans un monde où les rapports de puissance tendent à s’affirmer avec une intensité croissante.
C’est dans cette perspective historique que doit être comprise la succession de 2026 :
non comme une simple alternance à la tête du Secrétariat,
mais comme une occasion pour les États membres de préciser
leur conception de la gouvernance mondiale et de l’avenir du multilatéralisme.
