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LA FIN DE LA FRANCAFRIQUE

4 October 2026 · Crans Montana Forum

LA CONFEDERATION DU SAHEL

L’ENTERREMENT DE LA FRANÇAFRIQUE

L’EMERGENCE D’UNE NOUVELLE FORME DE PARTENARIAT

Une contribution du CMF Forum de Crans Montana

et de la WDA World Diplomatic Academy

Apport documentaire de AI

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Le séisme sahélien n’a pas constitué un accident diplomatique ordinaire. L’exclusion progressive de la France du Mali, du Burkina Faso et du Niger caractérise l’épuisement annoncé d’un modèle de relations avec l’Afrique qui a fait son temps.

Il s’impose désormais de substituer à la logique d’influence une stratégie de partenariat, fondée sur le respect de la dignité, la promotion d’intérêts partagés, la reconnaissance de la souveraineté et l’indispensable coproduction d’une valeur ajoutée liée aux ressources naturelles.

Pendant des décennies, la relation entre la France et l’Afrique a surfé sur un paradoxe.

Paris disposait d’un capital politique, diplomatique, culturel, militaire et humain considérable. Mais la France n’a pas su ou voulu le convertir en une stratégie de long terme adaptée à la transformation spectaculaire qui s’annonçait pour le Continent. Elle en paye aujourd’hui le prix.

La fin de la « Françafrique » était prévisible de manière incontournable. Le problème n’est donc pas sa disparition. Le défi réside dans le fait qu’en l’absence de toute vision à long terme, aucune architecture suffisamment cohérente n’a été imaginée pour lui succéder.

La France n’est définitivement plus le partenaire naturel de l’Afrique et ce décrochage provient d’une accumulation de maladresses, d’un recul économique et d’une difficulté à comprendre la transformation des attentes africaines.

LE SAHEL, REVELATEUR D’UNE RUPTURE HISTORIQUE QUI NE POUVAIT ETRE QUE SOUDAINE

Nulle part une telle évolution n’a été aussi spectaculaire qu’au Sahel. L’intervention française au Mali, engagée en 2013 avec l’opération Serval, répondait à une situation d’urgence. Elle contribua incontestablement à empêcher l’effondrement de l’État malien et la progression des groupes djihadistes vers Bamako. Mais là encore, le succès militaire initial n’a pas été transformé en solution politique durable.

Puis Serval devint Barkhane. L’intervention ponctuelle se transforma en une présence prolongée. Progressivement, le regard porté sur la France changea. Le soldat accueilli d’abord en allié finit par être ressenti comme le symbole d’une souveraineté incomplète voire bafouée.

Le résultat fut dramatique pour la France : le dernier soldat de Barkhane a quitté le Mali en août 2022, l’opération Sabre a pris fin au Burkina Faso en février 2023 et les derniers militaires français présents au Niger quittèrent le pays en décembre 2023.

La France s’est trouvée progressivement exclue du Sahel alors que quelques années auparavant, elle constituait encore l’acteur militaire extérieur dominant.

Cette rupture n’a cessé, depuis, de s’approfondir. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont constitué l’Alliance des États du Sahel, devenue une Confédération, affirmant une volonté commune de souveraineté politique, militaire et stratégique. Ces États ont quitté la CEDEAO et recherché de nouveaux partenariats plus satisfaisants.

En juin 2026, une étape supplémentaire fut franchie lorsque le Burkina Faso rompit ses relations diplomatiques avec la France.

UNE VICTOIRE MILITAIRE N’EST PAS UNE VICTOIRE POLITIQUE

Le cas sahélien devrait être enseigné comme une leçon de géopolitique.

Une puissance extérieure peut remporter des batailles, neutraliser des chefs terroristes, disposer d’excellents renseignements et déployer des forces remarquablement entraînées sans pour autant être à même de remporter la bataille politique.

La France a longtemps raisonné au Sahel en termes de sécurité, négligeant le reste, alors qu’une partie croissante des opinions publiques africaines raisonnait en termes de souveraineté, de dignité et de maîtrise de son destin.

Le sentiment s’est alors répandu que Paris, d’une manière ressentie comme intolérable, entendait déterminer quels gouvernements étaient légitimes, quelles politiques étaient acceptables et quelles alliances pouvaient ou non être conclues.

Que cette perception ait été juste ou largement instrumentalisée importe finalement moins que son résultat politique : elle est devenue une réalité dans l’opinion des populations.

Or, en matière de relations internationales, une perception durable finit par produire des effets aussi puissants qu’une réalité objective.

La Russie l’a compris. La Chine également. La Turquie et les puissances du Golfe aussi.

Ces nouveaux venus en Afrique ne demandent pas aux Africains de choisir leur camp avant de commercer avec eux. Ils proposent des infrastructures, des financements, des équipements militaires, des investissements, des technologies ou des partenariats énergétiques.

L’INTEGRATION GLOBALE DU SAHEL

La communauté internationale doit aujourd’hui faire de l’intégration économique et politique des États du Sahel une priorité stratégique.

Ces pays ont fait preuve d’une détermination considérable en affirmant leur souveraineté et en cherchant à sortir d’une Françafrique dont les mécanismes ne répondaient plus suffisamment aux aspirations de leurs populations ni aux exigences de leur développement.

Quelles que soient les appréciations portées sur les transitions politiques en cours, l’ostracisme serait la pire des réponses. Isoler le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne ferait qu’accentuer les fractures économiques, sécuritaires et diplomatiques qui traversent déjà la région.

La voie responsable consiste au contraire à maintenir le dialogue et à construire une coopération intelligente, pragmatique et différenciée, respectueuse de la souveraineté de chacun.

Il convient notamment de favoriser les infrastructures, les corridors commerciaux, l’accès aux ports, l’énergie, l’investissement productif et la circulation des personnes et des marchandises. Dans ce domaine, le Maroc donne l’exemple notamment en prônant de manière concrète le désenclavement des trois Etats.

L’avenir du Sahel ne peut être dissocié de celui de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, tant leurs économies, leurs populations et leurs intérêts sécuritaires sont interdépendants.

Il appartient donc aux organisations régionales dont la CEDEAO, à l’Europe et aux partenaires internationaux d’accompagner les nouvelles dynamiques sahéliennes.

Réintégrer pleinement le Sahel dans les grands circuits de coopération régionale contribuera à préserver la paix et surtout, l’équilibre économique et stratégique de l’Afrique de l’Ouest.

C’est par le dialogue, le respect mutuel et la construction d’intérêts communs que pourra émerger une intégration positive, durable et véritablement africaine.

L’AFRIQUE NE SOUHAITE PLUS QU’ON LUI DICTE SA POLITIQUE

ELLE VEUT CHOISIR SES PARTENAIRES.

La véritable révolution africaine est celle de l’offre géopolitique. La grande transformation de ces dernières années est précisément celle-ci : l’Afrique veut disposer d’alternatives.

La France n’est plus en concurrence avec elle-même. Elle est confrontée à Pékin, Ankara, Moscou, New Delhi, Abou Dhabi, Riyad, Doha, Washington, mais aussi à d’autres puissances africaines qui développent leurs propres stratégies continentales.

Cette concurrence se manifeste très concrètement dans l’économie. En Afrique subsaharienne, la France ne représentait plus en 2023 que 3,2% des parts de marché à l’importation, contre 17,3% pour la Chine sur les trois premiers trimestres de l’année.

Derrière ce recul commercial se manifeste une vraie débâcle d’influence.

Celui qui construit la centrale électrique, finance le port, développe le corridor ferroviaire, installe les télécommunications, transforme les minerais et forme les ingénieurs crée une relation beaucoup plus étroite et durable que celui qui se contente d’invoquer une histoire commune.

IL N’EXISTE PLUS « UNE SEULE AFRIQUE »

Une autre erreur doit être définitivement abandonnée : celle consistant à concevoir une politique africaine uniforme. Il n’existe pas une Afrique diplomatique mais plusieurs Afriques.

Le Sahel n’est pas le Golfe de Guinée. Le Maghreb ne ressemble pas à l’Afrique australe. Les priorités de la République démocratique du Congo ne sont pas celles du Sénégal, de l’Éthiopie ou du Maroc.

Les États africains adoptent désormais des diplomaties autonomes. Ils arbitrent entre les partenaires, recherchent des investissements win-win et veulent, par la transformation locale de leurs ressources, créer une valeur ajoutée nationale plutôt que demeurer exclusivement des fournisseurs.

Cette évolution est particulièrement importante concernant les minerais critiques.

L’évolution des rapports entre l’Europe et l’Afrique ne se situera pas autour de l’aide publique au développement mais bien au niveau de la coproduction industrielle.

Lithium, cobalt, cuivre, manganèse, graphite, terres rares: l’enjeu n’est plus de savoir qui pourra les acheter. Il est de déterminer où ils seront transformés, où seront installées les industries, où seront créés les emplois et où se générera la valeur ajoutée.

DE LA REPENTANCE AU RESPECT

La relation franco-africaine a trop souvent oscillé entre deux attitudes également insatisfaisantes voire condamnable: le paternalisme et la repentance.

Le paternalisme consiste à penser que les Africains sont des enfants et à leur à dire ce qu’ils doivent faire tout en s’appuyant, parfois sur des dirigeants dévoués et particulièrement reconnaissants que l’on maintient au pouvoir durant des décennies.

La repentance consiste, avec une facilité qui n’est jamais structurante, à réduire constamment la relation contemporaine au règlement des fautes du passé quitte à réinventer le mémoriel.

Dans les deux cas, le résultat est d’enfermer l’Afrique dans une relation verticale. Le respect de la dignité, c’est autre chose: c’est traiter les États africains en partenaires souverains et adultes.

Cela signifie accepter qu’ils puissent avoir des intérêts différents de ceux de Paris. Qu’ils puissent choisir d’autres alliances. Qu’ils puissent dire non. Mais également qu’ils assument leurs décisions, leurs responsabilités et leurs conséquences.

L’EGALITE ENTRE PARTENAIRES N’EST NI L’INDIFFERENCE NI LA COMPLAISANCE.

C’est la reconnaissance réciproque des intérêts. L’exclusion française du Sahel est un phénomène civilisationnel pour l’Afrique comme pour la France. Elle représente désormais un avertissement stratégique.

Il est important d’ailleurs de noter que les difficultés ne s’arrêtent plus aux trois États de l’Alliance des États du Sahel. Les relations françaises avec certains pays côtiers connaissent également des tensions.

En août 2026, l’arrestation de deux journalistes français au Togo est symptomatique, intervenant dans un contexte où Lomé, affaibli par des évolutions constitutionnelles surprenantes, approfondit sa coopération militaire avec Moscou.

La France doit prendre conscience qu’elle ne bénéficie plus d’aucun droit acquis en Afrique. Elle doit désormais convaincre et le défi se situe à ce niveau. La Françafrique est morte. C’est positif pour l’Afrique. La rupture sahélienne, porteuse d’une marginalisation durable de la France, constitue un électrochoc qui peut être à la base d’un nouveau partenariat, euro-africain cette fois-ci.

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