Crans Montana Forum
Le monde doit s’intégrer à l’Afrique - Article paru dans le quotidien national burkinabè « SIDWAYA »
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La ville marocaine de Dakhla, perchée comme un nid d’oiseau entre les eaux de l’Océan Atlantique, a accueilli dans la chaleur et la fraternité africaines, la 3ème édition du Forum de Crans Montana, du 17 au 21 mars 2017. Venus des cinq continents, les participants de diverses compétences ont convolé en justes réflexions autour du thème central « vers la nouvelle Afrique du XXIème siècle ». Ce forum d’importance et d’intérêt était placé sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Une vue de quelques participants au forum de Dakhla
Parmi les grands rendez-vous intellectuels et culturels majeur du continent africain, le Forum de Crans Montana de Dakhla au Maroc, qui vient de tenir ses assises pour la troisième fois consécutive, du 17 au 21 mars 2017, se positionne et s’affirme désormais comme une étape saillante et incontournable de la réflexion prospective sur le devenir de l’Afrique, ce continent aux paradoxes multiples et multiformes.
Ce forum se positionne et s’affirme de par la qualité, la notoriété et la stature des éminentes personnalités du monde du savoir, de la politique, de la culture, de l’économie, de l’information et de la Société civile qui y participent. Il se positionne et s’affirme également de par la pertinence et le niveau élevé des débats centrés sur d’importantes thématiques autour des grandes questions, interrogations et préoccupations qui se posent aujourd’hui à l’Afrique ou que le continent africain du 21ème siècle se pose avec acuité et en termes de défis à relever.
Ce n’est un secret pour personne, le paradoxe de l’Afrique est que ce continent d’une part, regorge de potentialités énormes à même de le propulser au rang de grande puissance économique, et de l’autre, il croupi sous le poids de la pauvreté, des maux, des problèmes et des désastres les plus cruels de l’humanité. Une chance immense et normalement bénéfique d’un côté, et un gâchis dévastateur et étonnement incompréhensible de l’autre. C’est ça l’Afrique !
Au cœur de la problématique africaine se trouvent en bonne posture la mal gouvernance et le déséquilibre partenarial avec le reste du monde. Comme si l’élite intellectuelle africaine ne pèse pas grand-chose dans la conduite des affaires de ce monde ! Il est temps de sonner le glas.
Le Forum de Crans Montana de Dakhla a eu le mérite et la sagesse de diagnostiquer sans complaisance les nombreuses problématiques posées au continent africain et de définir avec rigueur et dans leur réalité tangible, les contours et les caractéristiques de « la nouvelle Afrique du 21ème siècle ». A cet égard, les communications, les idées, les échanges et les débats émis lors des panels ont porté entre autres sur « l’agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique », « le phénomène migratoire vers l’Europe », « à l’heure de l’intégration mondiale de l’Afrique », « la jeunesse comme vraie valeur ajoutée », « l’énergie, la clef du progrès et de la croissance pour les économies émergentes », « la sécurité en matière de santé publique » et « l’Afrique et la nouvelle économie maritime mondiale ».
La cérémonie d'ouverture du forum de Crans Montana
L’abordage de toutes ces thématiques d’intérêt, par d’éminentes personnalités dans leurs domaines de compétence, et les réflexions suscitées ont abouti à la formulation de solutions pratiques et d’initiatives innovantes à même de sonner le réveil des énergies intellectuelles assoupies. Ce réveil, voire ce sursaut, passe par le degré de confiance et d’engagement que les Africains auront en eux-mêmes en sachant compter d’abord sur les potentialités de l’Afrique, et surtout leurs capacités propres à en faire un bon usage dans le cadre d’une coopération Sud-Sud et d’une ouverture partenariale avec le reste du monde.
Pour le roi Mohammed VI, et en termes de contribution à la réflexion au forum de Dakhla, « le Maroc a foi en la capacité de l’Afrique à relever les défis auxquels elle est confrontée, et à favoriser le développement humain et durable de ses peuples, eu égard aux ressources naturelles considérables et aux importantes compétences humaines dont elle dispose ». Le pari sera gagné, relève le Roi, et ce d’autant que « l’Afrique d’aujourd’hui est (de plus en plus) gouvernée par une nouvelle génération de dirigeants pragmatiques et décomplexés par rapport à des idéologies d’un autre âge ; des dirigeants qui œuvrent avec un patriotisme et un sens élevé des responsabilités pour la stabilité de leurs pays respectifs et pour leur ouverture politique, leur développement économique et leur progrès social ».
Les panels se sont déroulés pour la plupart en travaux de commissions
Ces dirigeants et leurs peuples qui ont à cœur d’assurer le progrès de l’Afrique dans sa dimension socio-économique se doivent de décliner des stratégies et des solutions pour garantir une meilleure gestion des affaires de la cité : gestion de l’eau et des sols agricoles, gestion de la sécurité alimentaire, dans le contexte du changement climatique ; gestion des conflits multiples qui affectent et infectent durement le continent africain…
De l’appel du forum de Dakhla, les gouvernants africains et leurs peuples doivent trouver des solutions innovantes pour le financement des petits agriculteurs et mètrent en place des modèles d’assurance climat pour l’agriculture en Afrique. En outre, l’accent doit être mis sur l’intégration des femmes dans le processus politique et économique, et sur l’ouverture des sociétés émergentes aux jeunes générations.
Concernant les drames migratoires en Méditerranée et sur les rives de l’Europe, qui affectent l’Afrique et le Moyen-Orient, les participants au forum de Crans Montana invitent les Etats à améliorer leur gestion des affaires publiques, à créer un environnement porteur et favorable à l’entreprenariat et l’autonomisation des jeunes. En matière de santé publique, il a été clairement établi le lien entre ce secteur stratégique et les questions climatiques ; la détérioration de l’environnement ayant un impact sur la santé.
Dans le domaine de l’énergie, et comme l’a souligné le Roi du Maroc, « nos pays n’ont d’autres choix que de mener à bien leur transition énergétique et d’investir dans les énergies renouvelables, surtout eu égard aux grandes potentialités qu’ils recèlent dans le domaine des énergies solaire, éolienne et hydrique ».
Bref, les débats du forum de Crans Montana 2017 à Dakhla ont permis de focaliser les conclusions sur des propositions et des recommandations pertinentes, pour sortir l’Afrique de sa torpeur politique, sociale et économique. En attendant et en espérant leur mise en actions concrètes sur le terrain, le forum lui, aura réussi sa vocation à favoriser l’émergence d’une conscience collective quant à la nécessité du renforcement de la dynamique africaine, et surtout à œuvrer pour un éventail plus large de coopération Sud-Sud. Alors, ce sera au monde de s’intégrer à l’Afrique !
Encadré 1 :
Ma première croisière à bord de la « Rhapsody »
La 3ème édition du Forum de Crans Montana au Maroc a été organisée en deux parties. La première partie du programme a été consacrée à la réflexion à travers des panels sur diverses thématiques au Centre de conférences de Dakhla les 17 et 18 mars 2017. La seconde partie elle, a consisté en une croisière à bord du bateau « Rhapsody » sur l’Océan Atlantique.
Si de la ville de Dakhla, certains participants au forum ont préféré regagner Casablanca en avion, par Royal air Maroc, d’autres comme moi ont opté pour la croisière dans l’Océan Atlantique. Pour relier Dakhla à Casablanca distant de plus de 3600 km, il a fallu deux jours de navigation. Mais rassurez-vous, l’ennui n’a pas été au rendez-vous des 48 heures sur mer. Même si par moment le mal de mer a indisposé certains passagers. Pour moi dont c’était la première fois de monter à bord d’un bateau de croisière, de surcroit la géante et imposante « Rhapsody » de la compagnie de navigation italienne (GNV), le risque en valait bien la peine. Malgré la peur de l’eau qui hantait mon esprit et me talonnait !
La Rhapsody, un grand hôtel flottant
C’est vrai qu’à mon jeune âge, j’ai appris à nager dans les marigots de mon village certes, mais de là à affronter les vagues du large de la Côte Atlantique, il y a de quoi se poser mille et une interrogations avant de se « jeter à l’eau ». Mais qu’à cela ne tienne, me voici enfin à bord de la « Rhapsody ». Un navire imposant de 3400 tonnes, de 172 mètres de longueur, sur 30,40 mètres de largeur. Il est doté d’une technologie de pointe et offre une gamme de services aux standards de qualité, aux passagers. Les chiffres sont parlants : une capacité de 2680 passagers, répartissables dans 553 cabines (chambres à coucher), avec un parc de 2212 lits. La capacité des espaces communs (salon des fêtes, espace de théâtre, salle de cinéma, boutiques, restaurants, centre de congrès…) est de 1345 passagers.
Pour raison de curiosité de journaliste, j’ai parcouru plusieurs fois ces espaces communs où j’ai pu esquisser quelques pas de salsa à la discothèque, savourer les crêpes flambées à l’italienne, suivre un cours de pizza, suivi de dégustation, remuer mes vieux os au gymnase Rosatea, apprécier le menu « terre et mer » des chefs cuisiniers, et suivre un panel-débat sur « le transport maritime en Afrique » au centre de congrès de l’hôtel flottant. Tout cela, en restant connecté au monde terrestre grâce à la technologie Wi-Fi, même au milieu de l’Atlantique.
J’ai également eu accès à la passerelle de navigation, un véritable Etat-major, sous la conduite du Commandant de bord Salvatore PROVENZANO. Là, je n’ai malheureusement pas compris grand’ chose, surtout pas le langage technique de la navigation. Ma consolation a été la photo prise avec le Commandant de bord, pendant que le bateau semblait voguer vers l’infini marin.
Plus de 3600 km à bord de la Rhapsody italienne dans l'Océan Atlantique
Là où je n’ai pas fait prévaloir ma curiosité journalistique, c’est dans la cuvette de la piscine située au 12ème étage.
Après toute cette curiosité bien remplie, me voilà de retour dans ma cabine, qui porte le numéro 8635, au pont 6 (6ème étage) du navire qui en compte 12.
Et pendant que la « Rhapsody » continuait sa chevauchée maritime nocturne vers Casablanca, les vagues de la mer atlantique dorlotaient mes pensées pour un sommeil profond et paisible. Au réveil, et après une bonne douche matinale, je n’ai pas eu besoin d’utiliser le sèche-cheveux accroché aux toilettes pour me sentir à l’aise, à cause de la calvitie qui, des années durant, a dévasté mon crâne.
Bref, la traversée à bord de la « Rhapsody » s’est faite dans une ambiance festive, sous l’assistance bienveillante du personnel à bord et la vigilance de la sécurité du navire, des hommes et des femmes baraqués et musclés, à la stature du catcheur John SENA.
Comme quoi on a besoin quelquefois, de s’évader en mer pour oublier un tant soit peu le train-train quotidien. Que d’émotions ! Mais à quel coût ? Revenons alors sur la terre ferme, et la vie continue !
Encadré 2 :
NAFASO, la clef pour l’agriculture burkinabè ?
Au titre du Burkina Faso, ont participé au Forum de Crans Montana de Dakhla, en tant qu’invités, trois personnalités : Dr Issa TAPSOBA, Directeur général de la Recherche scientifique, technologique et de l’innovation ; Abdoulaye SAWADOGO, Directeur général de la Société « Neema agricole du Faso Sa (NAFASO) » et Sita TARBAGDO, journaliste.
Dans le navire à bord duquel nous étions (Monsieur SAWADOGO et moi) pour regagner Casablanca, j’ai cherché à savoir ce qu’est NAFASO, cette société burkinabè, citée parmi les partenaires de Crans Montana de Dakhla.
Monsieur Abdoulaye SAWADOGO, le Directeur général de NAFASO
Selon le Directeur général de ladite société, « Neema agricole du Faso », plus connue sous l’appellation « NAFASO » est une société privée, qui a son siège social à Bobo-Dioulasso. Elle intervient dans la production, le conditionnement et la commercialisation de semences agricoles (des variétés améliorées certifiées), de céréales et de légumineuses, et de semences forestières, au Burkina Faso et dans la sous-région, et à un coût accessible. Outre cela, la société s’active dans la transformation des produits agro-sylvo-pastoraux et offre divers services et prestations dans le domaine agricole : formations et encadrements ; appui conseil ; livraison de matériels et équipements agricoles ; sensibilisation des producteurs sur l’impact positif des semences de variétés améliorées dans l’accroissement des productions agricoles et sylvicoles ; travaux de préparation du sol pour l’agriculture, à la demande…
Quelques semences produites par la Société NAFASO
Pour réussir dans les activités agricoles et sylvicoles, NAFASO travaille de façon collaboratrice avec des institutions de recherche comme l’INERA, Africa rice ; avec le Service national des semences, avec les producteurs et organisations de producteurs ; avec les structures des ministères en charge de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement ; et avec les ONG, institutions financières et projets de développement.
Tout l’effort de NAFASO vise à contribuer à l’accroissement des productions agro-sylvo-pastorales dans le cadre de l’autosuffisance et de la sécurité alimentaires, et surtout à la réduction de la pauvreté en milieu rural.
Article paru dans le quotidien national burkinabè « SIDWAYA » No 8374 du jeudi 30 mars 2017 (www.sidwaya.bf)
