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MINERAIS CRITIQUES

4 October 2026 · Crans Montana Forum

MINERAIS CRITIQUES

LE NOUVEL ÉQUILIBRE DES PUISSANCES

OPPORTUNITÉ HISTORIQUE POUR L’AFRIQUE

Une réflexion du CMF Forum de Crans Montana

et de la WDA World Diplomatic Academy

Apport documentaire de IA

L’AFRIQUE NE DOIT PLUS SEULEMENT EXPORTER SES MINERAIS

LA MAITRISE DES INDUSTRIES DU XXIème SIECLE

LE MONDE ENTRE DANS UNE NOUVELLE ERE STRATEGIQUE.

Le débat actuel se déplace de l’extraction vers la stratégie industrielle, le financement, la formation des prix, le «missing middle», les aimants, le recyclage et la diversification face à la Chine.

Après le charbon qui accompagna la première révolution industrielle, puis le pétrole et le gaz qui structurèrent une grande partie des rapports de puissance du XXe siècle, les minerais critiques et les terres rares deviennent l’un des fondements de la puissance économique, technologique et militaire du XXIe siècle.

Lithium, cobalt, nickel, graphite, cuivre, gallium, germanium, tungstène, antimoine, terres rares lourdes : derrière ces noms parfois inconnus du grand public se trouvent les matières indispensables aux batteries, aux réseaux électriques, aux semi-conducteurs, aux télécommunications, à l’intelligence artificielle, à la robotique, aux satellites, à l’aéronautique et aux industries de défense.

Leur disponibilité conditionnera une part croissante de la souveraineté des États.

La question n’est donc plus simplement minière. Elle est géopolitique.

La Chine a compris avant beaucoup d’autres que la puissance se trouve dans la chaîne de valeur et que la concentration actuelle des capacités mondiales ne concerne pas seulement l’extraction.

Le véritable avantage stratégique réside dans la maîtrise de l’ensemble du processus : extraction, séparation, raffinage, métallurgie, alliages, composants et, finalement, fabrication des aimants permanents et autres produits indispensables aux technologies avancées. C’est cette réalité qui explique aujourd’hui l’inquiétude des États-Unis, de l’Europe et des grandes économies industrielles.

La vulnérabilité apparaît lorsque la possession d’une technologie ne garantit plus à elle seule la capacité de fabriquer celle-ci parce que les matières ou les procédés nécessaires dépendent d’un nombre très limité de fournisseurs. On assiste ainsi à la naissance d’une nouvelle conception de la souveraineté : la souveraineté des chaînes d’approvisionnement.

L’EUROPE FACE A UNE QUESTION EXISTENTIELLE DE SOUVERAINETE INDUSTRIELLE

L’Union européenne a pris conscience de cette vulnérabilité. Son Critical Raw Materials Act traduit une volonté de reconstruire des capacités d’extraction, de transformation et de recyclage et, surtout, de diversifier les approvisionnements.

Mais la question européenne dépasse les seuls objectifs quantitatifs. L’Europe doit décider si elle souhaite demeurer principalement consommatrice de matières transformées ailleurs ou redevenir un acteur industriel capable de maîtriser les technologies intermédiaires qui conditionnent son autonomie.

Car posséder une mine ne signifie pas posséder une industrie. Entre le minerai et le moteur électrique existe tout un univers technologique que l’on qualifie désormais de «missing middle» : séparation, purification, raffinage, métallisation, alliages et fabrication des composants. C’est dans cet espace industriel intermédiaire que se jouera une grande partie de la compétition mondiale.

L’AFRIQUE DEVANT UNE OCCASION HISTORIQUE

Pour l’Afrique, cette transformation constitue une opportunité exceptionnelle.

Le continent dispose de ressources considérables indispensables à la nouvelle économie mondiale. Mais une question fondamentale se pose : l’Afrique acceptera-t-elle de reproduire le modèle économique qui a caractérisé une partie de son histoire minière ? soit : Extraire, Exporter, Transformer ailleurs puis importer, beaucoup plus cher, les produits manufacturés issus de ses propres ressources.

Ce modèle ne peut plus constituer l’avenir.

La nouvelle génération de partenariats miniers doit permettre aux pays africains de conserver une part beaucoup plus importante de la valeur créée.

Une mine devrait progressivement signifier également infrastructures, énergie, formation professionnelle, centres de recherche, transformation locale, sous-traitance nationale et création d’industries en aval car l’Afrique ne doit plus seulement exporter ses minerais. Elle doit exporter davantage de valeur ajoutée.

LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO - SYMBOLE DE CE CHANGEMENT NECESSAIRE

La République démocratique du Congo illustre avec une force particulière cette problématique. L’importance de ses ressources lui confère une place exceptionnelle dans certaines chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais cette richesse géologique doit être transformée en richesse économique, industrielle, éducative et sociale.

La véritable réussite ne se mesurera donc pas seulement au volume des minerais exportés. Elle se mesurera aux emplois qualifiés créés, aux ingénieurs formés, aux infrastructures construites, aux capacités de transformation installées et à la part de valeur ajoutée restant dans le pays.

Les ressources naturelles doivent devenir un instrument de transformation économique nationale, et non simplement une source d’exportations.

LE MAROC, PLATEFORME NATURELLE ENTRE L’AFRIQUE, L’EUROPE ET L’ATLANTIQUE

Dans cette nouvelle géographie économique, le Maroc occupera une position particulièrement intéressante.

Sa proximité avec l’Europe, sa crédibilité institutionnelle, ses infrastructures portuaires et industrielles, son insertion dans les chaînes automobiles internationales, ses capacités logistiques et son ouverture vers l’Afrique subsaharienne lui offrent un rôle allant bien au-delà de celui d’un simple pays producteur.

Le Royaume deviendra l’une des plateformes africaines de transformation, d’investissement, de logistique et de coopération industrielle liées aux nouvelles matières stratégiques.

L’ESPACE ATLANTIQUE AFRICAIN PREND ICI TOUTE SON IMPORTANCE.

De la Méditerranée jusqu’aux pays d’Afrique occidentale et centrale, de nouvelles infrastructures énergétiques, portuaires (Port de Dakhla), ferroviaires et industrielles peuvent progressivement faire émerger un véritable corridor africain des matières premières stratégiques et de leur transformation.

LES PAYS DU GOLFE

DISPOSENT D’UN AUTRE ELEMENT ESSENTIEL : LE CAPITAL

Une autre région doit naturellement être associée à cette réflexion : le Golfe. Les grands fonds souverains et groupes d’investissement des États du Golfe disposent de capacités financières considérables et cherchent depuis plusieurs années à diversifier leurs investissements au-delà des hydrocarbures.

Les minerais critiques constituent à cet égard un secteur stratégique.

Une complémentarité particulièrement intéressante peut apparaître :

  • les ressources en Afrique

  • les capitaux du Golfe

  • les technologies et les marchés en Europe, en Amérique du Nord et en Asie

Cette triangulation pourrait devenir l’un des modèles économiques les plus prometteurs des prochaines décennies. Elle suppose toutefois une véritable architecture de confiance entre gouvernements, investisseurs, institutions financières et industriels.

LA QUESTION ESSENTIELLE DU FINANCEMENT

Les ambitions politiques ne suffiront pas. Une mine, une raffinerie ou une usine de séparation exige des investissements considérables, souvent sur de très longues périodes.

Or les marchés de certains minerais demeurent étroits, volatils et parfois insuffisamment transparents. La sécurité des approvisionnements nécessitera donc de nouveaux instruments financiers : garanties publiques, financements multilatéraux, participation des fonds souverains, contrats d’achat à long terme, partenariats entre producteurs et utilisateurs industriels et, éventuellement, constitution de stocks stratégiques.

UNE QUESTION DEVIENT INCONTOURNABLE

Combien les États et les entreprises sont-ils prêts à payer pour leur indépendance stratégique ?

Le prix des minerais devient lui-même un enjeu de souveraineté. On parle beaucoup des volumes disponibles. On parle moins de la manière dont les prix sont établis. Pourtant, sans références transparentes et crédibles, il est extrêmement difficile de financer des projets représentant plusieurs centaines de millions ou plusieurs milliards de dollars.

La diversification des chaînes d’approvisionnement exigera aussi une diversification et une transparence des mécanismes de formation des prix.

L’INFORMATION ECONOMIQUE DEVIENT ELLE-MEME UN INSTRUMENT STRATEGIQUE.

Recycler : les nouvelles mines seront aussi dans nos villes. La révolution des minerais critiques ne se déroulera pas uniquement sous terre.

Une partie des ressources futures se trouve déjà dans les automobiles, téléphones, ordinateurs, batteries, moteurs, équipements industriels et infrastructures arrivant progressivement en fin de vie. C’est le développement de l’urban mining.

Recycler les batteries, récupérer les aimants permanents, valoriser les déchets électroniques et retraiter certains résidus industriels permettront progressivement de constituer une source secondaire importante de matières stratégiques.

L’économie circulaire rejoindra ainsi directement la politique de souveraineté.

L’INNOVATION PEUT MODIFIER LA GEOGRAPHIE DES RESSOURCES

Une erreur serait cependant de considérer la carte actuelle des ressources comme définitivement établie. Les technologies évoluent.

De nouveaux procédés peuvent permettre d’exploiter des ressources autrefois considérées comme non rentables, d’améliorer considérablement les taux de récupération, de diminuer la consommation d’eau et d’énergie ou de substituer certains matériaux à d’autres.

La compétition mondiale ne sera donc pas seulement une compétition pour les mines. Elle sera aussi une compétition pour les brevets, les ingénieurs, les procédés industriels et les technologies de recyclage.

ÉTHIQUE, TRAÇABILITE ET ACCEPTABILITE SOCIALE

Cette nouvelle économie ne pourra toutefois se développer durablement sans répondre à une exigence croissante de transparence.

  • D’où vient le minerai ?

  • Dans quelles conditions a-t-il été extrait ?

  • Quelle rémunération les populations locales en retirent-elles ?

  • Quels sont ses impacts environnementaux ?

  • Comment les revenus sont-ils répartis ?

La traçabilité devient progressivement une dimension essentielle de la sécurité économique elle-même.

Les pays producteurs ont donc intérêt à considérer les standards environnementaux, sociaux et de gouvernance non comme une contrainte imposée de l’extérieur, mais comme un moyen d’augmenter la crédibilité et la valeur stratégique de leurs ressources.

PREVENIR UNE NOUVELLE GUERRE MONDIALE DES RESSOURCES

Les minerais critiques peuvent devenir les matières premières des confrontations du XXIe siècle.

Ils peuvent aussi devenir les instruments d’une nouvelle coopération entre l’Afrique, l’Europe, le Golfe, l’Amérique et l’Asie.

C’est ce second chemin qu’il faut désormais construire car le plus grand risque serait que les minerais critiques deviennent ce que le pétrole fut parfois au XXe siècle : une source permanente de tensions, d’ingérences et de confrontations.

Les politiques de sécurisation des approvisionnements sont légitimes mais elles ne doivent pas conduire à diviser le monde en blocs minéraux rivaux.

  • La Chine restera un acteur essentiel

  • Les États-Unis reconstruisent leurs capacités

  • L’Europe cherche son autonomie

  • L’Afrique souhaite légitimement tirer davantage de valeur de ses ressources.

  • Les pays du Golfe deviennent des investisseurs stratégiques.

  • L’Amérique latine, l’Australie, le Canada et plusieurs économies asiatiques disposent également d’atouts considérables.

Il faut donc inventer une diplomatie internationale des minerais critiques.

UNE RESPONSABILITE NATURELLE POUR LE FORUM DE CRANS MONTANA

Depuis 1986, le Forum de Crans Montana Forum s’est précisément construit sur une conviction : les grandes transformations internationales ne peuvent être durablement gérées par la confrontation mais par le dialogue entre ceux qui détiennent le pouvoir politique, les ressources économiques, les technologies et les capacités financières et la question des minerais critiques correspond profondément à cette vocation.

Le Forum réunit les gouvernements africains détenteurs des ressources, les grandes économies consommatrices, l’Europe, les États-Unis, la Chine, les investisseurs du Golfe, les banques multilatérales, les groupes miniers, les industries technologiques et les institutions internationales.

Le Forum contribuera à faire émerger un dialogue original entre ces acteurs autour d’un principe simple : transformer la compétition pour les ressources en coopération pour le développement.

Il ne s’agit plus seulement de savoir qui possède les minerais. Il faut savoir qui les transforme, qui finance les infrastructures, qui possède les technologies, qui maîtrise les prix, qui contrôle les chaînes logistiques et, surtout, qui bénéficie réellement de la richesse créée.

Pour les pays africains, l’enjeu est historique : passer du statut de fournisseurs de matières premières à celui de partenaires industriels stratégiques. Pour l’Europe, il s’agit de retrouver une souveraineté industrielle. Pour le Golfe, de participer à l’économie qui succédera progressivement à la domination des hydrocarbures. Pour les États-Unis et la Chine, de comprendre qu’aucune sécurité d’approvisionnement durable ne pourra être construite dans un monde durablement fragmenté.

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