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LA NEGATION DU MULTILATERALISME
LE G7 A EVIAN
OU LA NEGATION DU MULTILATERALISME
Une contribution du CMF Forum de Crans Montana
et de la WDA World Diplomatic Academy
Apport documentaire de AI
Depuis près d’un demi-siècle, le monde vit sous une étrange illusion. Celle d’un ordre international fondé sur le multilatéralisme, sur la concertation universelle et sur l’égalité souveraine des États.
Pourtant, derrière les discours officiels et les grandes déclarations de principe, une autre réalité s’est progressivement imposée : celle d’une gouvernance mondiale de plus en plus concentrée entre les mains d’un cercle restreint de puissances.
Pour certains, le tournant décisif remonte à 1975. Cette année-là, sous l’impulsion du président français Valéry Giscard d’Estaing, naît le G7, réunissant les principales puissances industrielles occidentales. L’initiative répond alors à une situation exceptionnelle : choc pétrolier, crise monétaire, inflation galopante et ralentissement économique mondial. Les institutions internationales existantes sont jugées trop lentes et trop lourdes pour faire face à l’urgence.
Mais ce qui devait être un mécanisme pragmatique de coordination devient progressivement un modèle de gouvernance parallèle.
LA TENTATION DU DIRECTOIRE
L’idée séduit rapidement. Quelques dirigeants réunis autour d’une même table, sans les contraintes de la diplomatie classique, capables de prendre des décisions rapides et de coordonner leurs politiques. Le G7 est conçu comme un espace de dialogue direct entre chefs d’État et de gouvernement, fondé davantage sur la confiance personnelle que sur les procédures institutionnelles.
Mais cette logique porte en elle une contradiction fondamentale. Le multilatéralisme repose sur l’inclusion or le G7 repose sur la sélection.
Là où les Nations Unies incarnent l’universalité, le nouveau club des grandes puissances privilégie l’efficacité supposée des cercles restreints. Peu à peu, une hiérarchie implicite s’installe entre les États jugés capables de gouverner le monde et ceux auxquels est simplement demandé d’en accepter les règles.
Ce choix n’est pas sans conséquences. En excluant la majorité des nations des processus décisionnels, les grandes puissances alimentent un sentiment croissant de marginalisation.
Nombre de pays du Sud, de petits États insulaires ou de nations émergentes ont le sentiment que les décisions qui les concernent sont prises sans eux.
LES INSTITUTIONS UNIVERSELLES RELEGUEES AU SECOND PLAN
Au fil des décennies, le phénomène s’accentue. Les grandes orientations stratégiques en matière économique, financière, énergétique ou géopolitique sont de plus en plus discutées dans les enceintes du G7, du G8 puis du G20 avant d’être relayées vers les institutions multilatérales traditionnelles.
FMI, Banque mondiale, OCDE ou Organisation mondiale du commerce apparaissent souvent comme chargés de mettre en œuvre des orientations déjà définies ailleurs.
Cette évolution nourrit une critique de fond : les institutions universelles perdraient progressivement leur capacité d’initiative et leur rôle normatif au profit de forums informels dominés par les rapports de force.
Le paradoxe est saisissant. Alors que le multilatéralisme avait vocation à limiter la puissance des plus forts par le droit et la négociation collective, la gouvernance mondiale semble aujourd’hui revenir à une logique où le poids économique et géopolitique détermine largement la capacité d’influence.
L’ECHEC DES CLUBS DE PUISSANCES
Pour autant, les clubs fermés n’ont pas apporté la stabilité espérée.
Le G8 s’est disloqué avec le départ de la Russie. Le G7 peine à surmonter les divergences entre ses membres sur le climat, l’énergie ou les grandes crises internationales. Quant au G20, créé pour devenir le cœur de la gouvernance économique mondiale après la crise financière de 2008, il est aujourd’hui souvent perçu comme un forum de déclarations davantage que comme une véritable instance de décision.
Les fractures géopolitiques, les rivalités sino-américaines, les divergences entre puissances émergentes et économies occidentales rendent les compromis toujours plus difficiles. Les forums créés pour contourner les blocages du multilatéralisme se retrouvent eux-mêmes paralysés par les mêmes logiques de confrontation.
UNE CRISE DE LEGITIMITE MONDIALE
Au-delà de leur efficacité contestée, les G souffrent d’un déficit de légitimité. Un consensus obtenu entre quelques puissances ne peut être assimilé à un consensus mondial.
Cette réalité alimente la contestation croissante du leadership occidental par la Chine, l’Inde, la Russie et une partie du Sud global, qui refuse que les priorités climatiques, financières ou énergétiques soient définies par un nombre limité d’acteurs.
Le résultat est un système international pris en étau entre deux impasses : des institutions universelles affaiblies et des clubs de puissances incapables de les remplacer efficacement.
LE DEFI DU XXIéme SIECLE
La question demeure entière : le multilatéralisme a-t-il encore un avenir ?
Face aux crises climatiques, aux tensions géopolitiques, aux défis technologiques et aux bouleversements économiques, aucune puissance, aussi influente soit-elle, ne peut prétendre gouverner seule un monde devenu profondément interdépendant.
Le véritable enjeu n’est peut-être plus de choisir entre les Nations unies et les G, entre universalité et efficacité. Il consiste à inventer un modèle capable de concilier les deux : préserver la légitimité que confère l’inclusion de tous les États tout en retrouvant la capacité d’action rapide que réclament les urgences contemporaines.
Car si le XXe siècle a été celui des institutions universelles et le début du XXIe celui des clubs de puissances, le prochain chapitre de la gouvernance mondiale reste encore à écrire.
Il déterminera, pour longtemps, la capacité de la communauté internationale à répondre collectivement aux défis d’un monde fragmenté, multipolaire et de plus en plus instable.
