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LA VISION DU MONDE SELON LE PRÉSIDENT RECEP TAYYIP ERDOĞAN
LA VISION DU MONDE SELON LE
PRÉSIDENT RECEP TAYYIP ERDOĞAN
La perception du CMF Forum de Crans Montana
et de la WDA World Diplomatic Academy
apport documentaire par AI
L’ambition du chef de l’état turc était de faire de la Turquie
une puissance autonome et incontournable : il a réussi !
La politique internationale de Recep Tayyip Erdoğan ne peut être comprise à travers l’opposition traditionnelle entre l’Occident et ses adversaires. Son objectif fondamental n’est ni de quitter le camp occidental ni de s’y soumettre pleinement. Il consiste à faire de la Turquie un centre de puissance autonome, capable de négocier simultanément avec Washington, Moscou, Pékin, Bruxelles, les pays du Golfe, l’Afrique et le monde turcique.
Le Président Erdoğan considère que la position géographique, la puissance militaire, le poids démographique, les capacités industrielles et la profondeur historique de dimension impériale de son pays donnent à la Turquie vocation à dépasser le statut de simple allié périphérique de l’Occident. Il veut la placer au cœur d’un espace stratégique allant des Balkans à l’Asie centrale, de la mer Noire à la Méditerranée orientale et du Caucase à l’Afrique.
Cette politique pourrait être définie comme une stratégie de multi-alignement souverain : appartenir à l’OTAN sans dépendre exclusivement d’elle, négocier avec la Russie sans devenir son allié, développer les relations avec la Chine sans rompre avec l’Europe et parler au monde musulman sans renoncer aux intérêts propres de la Turquie.
Le 2 septembre 2026, le Président Erdoğan a ainsi confirmé que son pays envisageait une adhésion pleine à l’Organisation de coopération de Shanghai, dominée par la Chine et la Russie, tout en affirmant qu’une telle démarche ne signifierait nullement l’abandon de ses alliances occidentales.
Cette déclaration illustre parfaitement sa doctrine : multiplier les partenariats plutôt que choisir définitivement un camp.
UNE POLITIQUE
FONDEE SUR LE RAPPORT DE FORCE ET LA NEGOCIATION
Le Président Erdoğan pratique une diplomatie très personnalisée. Il privilégie les relations directes entre chefs d’État, les négociations bilatérales et les accords politiques conclus au plus haut niveau. Ses engagements sont sérieux lorsqu’ils correspondent durablement aux intérêts turcs, mais ils doivent rarement être interprétés comme un alignement idéologique irréversible.
Il raisonne en termes de réciprocité : chaque concession turque doit produire un avantage politique, stratégique, économique ou industriel. L’utilisation temporaire du droit de veto sur l’élargissement de l’OTAN à la Finlande et à la Suède en a donné une illustration. Le Président Erdoğan ne cherchait pas à détruire l’Alliance, mais à obtenir une meilleure prise en compte des préoccupations turques concernant les organisations kurdes, les extraditions et les restrictions appliquées à l’industrie de défense de son pays.
Il faut donc distinguer trois catégories d’engagements :
Les engagements structurels qui sont stables : appartenance à l’OTAN, défense du territoire turc, lutte contre les mouvements kurdes considérés comme terroristes, soutien à l’Azerbaïdjan, protection des intérêts maritimes et recherche d’autonomie militaire
Les engagements transactionnels : coopération avec la Russie, les États-Unis, l’Union européenne ou les États du Golfe, susceptible d’évoluer selon les concessions obtenues
Les engagements de leadership politique : défense de la Palestine, solidarité avec le monde musulman, rapprochement avec l’Afrique et promotion du monde turcique. Ils ont une forte portée symbolique, mais leur mise en œuvre reste subordonnée aux intérêts nationaux.
Le Président Erdoğan n’est pas imprévisible. Il est, au contraire, remarquablement constant dans ses objectifs. Ce sont ses moyens, ses alliances circonstancielles et son discours qui s’adaptent aux rapports de force.
LA TURQUIE AU SEIN DE L’OTAN - UN ALLIE ESSENTIEL MAIS DIFFICILE
La Turquie possède l’une des armées les plus importantes de l’Alliance. Elle contrôle les détroits du Bosphore et des Dardanelles, commande l’accès maritime à la mer Noire et occupe une position déterminante face à la Russie, au Caucase, au Moyen-Orient et à la Méditerranée orientale.
Le Président Erdoğan ne paraît pas vouloir sortir de l’OTAN. L’Alliance fournit à la Turquie une garantie stratégique considérable, un accès aux structures militaires occidentales et un levier politique mondial. Ankara a d’ailleurs accueilli le sommet de l’OTAN de juillet 2026, s’est engagée à atteindre l’objectif de dépenses de défense fixé par l’Alliance et a annoncé un financement supplémentaire de 24 milliards de dollars pour son projet de défense aérienne « Steel Dome ».
LA COHESION DEMEURE AFFECTEE PAR PLUSIEURS DIVERGENCES PROFONDES
Les systèmes russes S-400 et la question des F-35
L’achat par Ankara des systèmes antiaériens russes S-400 a conduit Washington à sanctionner la Turquie et à l’écarter du programme F-35. Pour les États-Unis, la coexistence des S-400 avec les avions occidentaux présente un risque technologique et sécuritaire. Pour le Président Erdoğan, ce dossier symbolise le refus occidental de reconnaître pleinement l’autonomie et les besoins de défense de la Türkiye.
Les discussions de 2026 sur l’avenir des S-400 et la possible réintégration turque dans le programme F-35 montrent cependant qu’Ankara cherche une solution, sans donner l’impression de céder sous la pression.
Des conceptions différentes de la menace kurde
Les États-Unis ont coopéré en Syrie avec les Forces démocratiques syriennes, dont la principale composante kurde est considérée par Ankara comme liée au PKK.
Cette divergence touche directement à la sécurité nationale turque. Elle nourrit une méfiance durable envers Washington et peut provoquer de nouvelles tensions si la question de l’intégration ou du désarmement des forces kurdes syriennes n’est pas réglée.
Les rapports avec la Russie
La Turquie soutient l’intégrité territoriale de l’Ukraine, a fourni des drones à Kyev et a fermé les détroits aux navires de guerre conformément à la Convention de Montreux. Mais elle n’a pas appliqué l’ensemble des sanctions occidentales contre Moscou et conserve avec la Russie des relations énergétiques, commerciales et diplomatiques considérables.
Cette position inquiète certains alliés mais permet à Ankara de communiquer avec les deux camps. La Turquie a organisé des négociations russo-ukrainiennes et contribué à l’accord sur les céréales de la mer Noire. Elle travaille, en 2026, à un nouveau mécanisme de sécurité maritime et de circulation des céréales.
La coopération nucléaire avec Moscou, notamment autour de la centrale d’Akkuyu et de possibles nouveaux projets, accroît cependant la dépendance énergétique et technologique de la Turquie envers la Russie.
Les différends avec la Grèce et Chypre
Les frontières maritimes, les ressources énergétiques, la militarisation des îles et la situation de Chypre restent des facteurs de tension entre deux membres de l’OTAN. Le Président Erdoğan est capable d’alterner fermeté nationaliste et détente pragmatique. Mais l’absence de règlement durable expose régulièrement l’Alliance à des crises internes.
L’Union européenne continue par ailleurs à dénoncer les activités turques qu’elle considère comme contraires aux droits souverains de ses États membres en Méditerranée orientale. Elle oublie cependant les causes historiques du problème savoir que les troupes turques débarquèrent à Chypre pour contrer une tentative d’annexion des colonels grecs de l’époque !
Les négociations d’adhésion sont donc pratiquement à l’arrêt, même si la Turquie reste un partenaire essentiel pour le commerce, la migration, l’énergie et la sécurité.
La Russie et l’Ukraine
concurrence, coopération et médiation
Les relations entre les Présidents Erdoğan et Poutine constituent un partenariat compétitif. Les deux dirigeants coopèrent dans l’énergie, le commerce, le tourisme et certains dossiers diplomatiques, mais leurs intérêts s’opposent en Syrie, en Libye, dans le Caucase et en mer Noire.
La Turquie ne souhaite ni une victoire russe qui placerait la mer Noire sous la domination de Moscou, ni un effondrement de la Russie qui déstabiliserait tout son environnement régional.
Elle cherche un équilibre lui permettant de :
préserver la souveraineté ukrainienne et les intérêts des Tatars de Crimée
maintenir ses échanges avec Moscou
consolider son rôle d’intermédiaire
sécuriser le commerce maritime et l’approvisionnement alimentaire
renforcer sa propre position en mer Noire
Cette position est difficilement compatible avec une logique occidentale d’isolement total de la Russie, mais elle donne à Ankara une capacité de médiation que peu d’autres membres de l’OTAN possèdent.
LE MOYEN-ORIENT
LA RECHERCHE D’UN LEADERSHIP REGIONAL
La Syrie
La Syrie est devenue le principal espace de projection stratégique turque. Ankara veut empêcher l’installation, le long de sa frontière, d’une entité kurde autonome dominée par des organisations qu’elle relie au PKK. Elle veut également stabiliser le pays, favoriser le retour d’une partie des réfugiés syriens et disposer d’une influence certaine sur le futur ordre politique et économique syrien.
La Turquie soutient les nouvelles autorités syriennes, mais cette proximité peut produire des tensions avec Israël, les forces kurdes, l’Iran et, selon les circonstances, la Russie. Ankara devra arbitrer entre la souveraineté du nouvel État syrien, ses propres impératifs de sécurité et la nécessité d’éviter une confrontation régionale.
Israël et la Palestine
Le Président Erdoğan a placé la cause palestinienne au centre de son discours régional. Sa dénonciation de la politique israélienne lui confère une forte audience dans le monde musulman et auprès d’une partie des opinions publiques africaines et arabes.
Cette politique contribue toutefois à une détérioration profonde des rapports avec Israël et alimente des réserves aux États-Unis et dans certaines capitales européennes.
Elle ne supprime pas pour autant la capacité de médiation turque : Ankara entretient des canaux avec le Hamas, les pays du Golfe, Washington et les autorités palestiniennes. Elle a notamment contribué aux efforts ayant permis de convaincre le Hamas d’accepter un accord proposé sous l’impulsion américaine en 2025.
L’Iran
La Turquie et l’Iran sont à la fois partenaires économiques, voisins historiques et concurrents stratégiques. Ils veulent éviter une déstabilisation générale de la région, mais divergent sur la Syrie, le Caucase, Israël, l’Azerbaïdjan et la répartition des influences régionales.
Le Président Erdoğan s’oppose à une guerre généralisée contre l’Iran, qui provoquerait des flux de réfugiés, une crise énergétique et une instabilité directement aux frontières turques.
Il défend donc une solution négociée, en affirmant que la paix ne peut être obtenue sans la participation des États de la région.
Les pays du Golfe
Après plusieurs années de rivalité avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, le Président Erdoğan a engagé une normalisation pragmatique.
La Turquie recherche leurs investissements et développe avec eux des partenariats industriels et militaires, notamment dans le secteur des drones.
Avec le Qatar, la relation demeure particulièrement étroite. Ankara cherche désormais à ne plus être enfermée dans les divisions internes du Golfe,
LE RESSENTI INTERNATIONAL DU PRESIDENT RECEP TAYYIP ERDOGAN
Une politique de puissance, d’autonomie et d’équilibre
La politique internationale du Président Erdoğan ne peut être comprise à travers la distinction classique entre appartenance au camp occidental et rapprochement avec les puissances orientales.
Elle repose sur une ambition plus large : faire de la Turquie une puissance autonome, indispensable à tous, mais subordonnée à personne.
Le Président Erdoğan ne cherche pas à quitter l’Occident. Il veut démontrer que l’appartenance à l’OTAN ne prive pas son pays de la liberté de dialoguer, de commercer et de coopérer avec la Russie, la Chine, l’Iran, les pays du Golfe, l’Afrique ou l’Asie centrale.
Le 2 septembre 2026, il a ainsi confirmé son intérêt pour une adhésion à part entière à l’Organisation de coopération de Shanghai. Cette déclaration résume sa méthode : multiplier les appartenances, préserver toutes les options et augmenter la valeur stratégique de la Turquie.
Cette politique peut apparaître contradictoire, mais elle possède une cohérence profonde. Le Président Erdoğan ne raisonne pas en termes de blocs idéologiques ; il raisonne en termes de souveraineté, de rapport de force et d’intérêt national.
La Turquie au sein de l’OTAN
un allié essentiel, mais difficile
La Turquie demeure un pilier militaire de l’Alliance atlantique. Sa situation géographique est exceptionnelle : elle contrôle les détroits reliant la mer Noire à la Méditerranée, possède une frontière avec la Syrie, l’Irak et l’Iran, se trouve à proximité du Caucase et constitue un passage stratégique entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.
Le Président Erdoğan ne paraît pas vouloir remettre en cause cette appartenance. Il cherche plutôt à la transformer en instrument de négociation. Ankara accepte les responsabilités collectives de l’Alliance, mais exige en retour :
la reconnaissance de ses préoccupations sécuritaires, notamment face aux organisations kurdes armées
la levée des restrictions occidentales frappant son industrie de défense
sa réintégration éventuelle dans le programme des avions F-35
une place dans les mécanismes européens de financement et de coopération militaires
une reconnaissance de la Turquie comme puissance stratégique, et non comme simple exécutant de décisions prises à Washington ou à Bruxelles
Au sommet de l’OTAN tenu à Ankara en juillet 2026, le Président Erdoğan a confirmé l’objectif de consacrer 5 % du PIB aux dépenses de défense à l’horizon 2030 et annoncé 24 milliards de dollars supplémentaires pour le système national de défense aérienne « Steel Dome ». Il a cependant dénoncé les restrictions imposées entre alliés et l’exclusion de la Turquie de certains programmes européens.
Les principales difficultés de cohésion dans l’OTAN
La première difficulté concerne l’achat par Ankara des systèmes russes S-400. Cette acquisition a entraîné l’exclusion de la Turquie du programme F-35 et des sanctions américaines. Pour Washington, la coexistence des S-400 et des appareils occidentaux présente un risque technologique et sécuritaire.
Pour le Président Erdoğan, cette affaire est devenue le symbole du droit de la Turquie à choisir souverainement ses équipements. Des discussions avec Moscou sur l’avenir des S-400 se poursuivaient encore en juillet 2026.
La deuxième difficulté tient à la définition du terrorisme. Ankara considère les forces kurdes syriennes liées aux YPG comme le prolongement du PKK, tandis que les États-Unis les ont longtemps regardées comme des partenaires dans la lutte contre Daech. Cette divergence affecte directement la confiance entre alliés.
La troisième tient à la méthode de négociation turque. Le Président Erdoğan peut utiliser les procédures de consensus de l’OTAN pour obtenir des concessions, comme on l’a vu lors de l’élargissement à la Finlande et à la Suède. Cette attitude est parfois interprétée comme une obstruction; du point de vue turc, elle constitue l’exercice légitime des droits d’un État membre.
Enfin, l’évolution intérieure de la Turquie, les poursuites contre des opposants et les critiques concernant l’État de droit entretiennent une divergence avec les valeurs politiques revendiquées par l’Alliance. Néanmoins, les partenaires occidentaux ont tendance à modérer leurs critiques, tant la coopération d’Ankara leur est indispensable dans les dossiers ukrainien, syrien, migratoire et moyen-oriental.
La relation avec la Russie
coopération, rivalité et interdépendance
La relation entre les Présidents Erdoğan et Poutine est l’un des exemples les plus significatifs de cette diplomatie. Les deux dirigeants ne sont ni alliés véritables ni adversaires permanents. Ils coopèrent lorsque leurs intérêts convergent et se confrontent indirectement lorsqu’ils divergent.
La Turquie dépend largement de la Russie pour son approvisionnement énergétique. La centrale nucléaire d’Akkuyu, construite par Rosatom, fournit environ 10 % de l’électricité turque. Le Président Erdoğan a évoqué en septembre 2026 de nouveaux projets nucléaires avec Moscou. Parallèlement, les échanges commerciaux, le tourisme et les importations de gaz russe constituent des éléments importants de l’économie turque.
Mais les deux pays se trouvent souvent dans des camps différents :
en Syrie, où leurs priorités militaires et politiques ne coïncident pas toujours
en Libye, où ils ont soutenu des forces opposées
dans le Caucase, où Ankara appuie étroitement l’Azerbaïdjan
en mer Noire, où la Turquie refuse une domination russe
en Ukraine, à laquelle Ankara a fourni des drones et dont elle défend l’intégrité territoriale
Le Président Erdoğan a condamné l’annexion de la Crimée et soutenu la souveraineté ukrainienne, sans adhérer aux sanctions occidentales contre la Russie.
Cette position lui permet de rester en relation avec les deux belligérants. La Turquie a accueilli des négociations russo-ukrainiennes et joué un rôle décisif, avec les Nations Unies, dans l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes. À la fin d’août 2026, Ankara travaillait encore à un nouveau mécanisme de sécurité maritime et céréalière en mer Noire.
Cette politique lui donne une capacité de médiation réelle, mais elle provoque également des interrogations dans l’OTAN. Plus Ankara approfondit ses relations énergétiques et stratégiques avec Moscou, plus certains alliés craignent une dépendance susceptible d’affecter la solidarité atlantique.
La Syrie : la priorité sécuritaire immédiate
La Syrie est probablement le dossier régional le plus directement lié à la sécurité nationale turque. Le Président Erdoğan poursuit plusieurs objectifs simultanés :
prévenir la constitution d’une entité kurde autonome armée le long de la frontière
neutraliser les organisations considérées par Ankara comme terroristes
stabiliser les régions frontalières
permettre le retour d’une partie des réfugiés syriens présents en Turquie
préserver l’influence politique, militaire et économique turque dans la reconstruction syrienne
empêcher qu’une autre puissance régionale ne domine la Syrie
La nouvelle configuration syrienne a renforcé le poids d’Ankara. Mais elle l’expose aussi à des risques : affrontements entre forces syriennes et kurdes, concurrence avec Israël, résurgence de groupes extrémistes, rivalités avec l’Iran et la Russie et coût financier de la stabilisation.
La Turquie souhaite une Syrie unifiée, mais organisée de manière à ne pas laisser émerger à sa frontière une force kurde disposant d’une autonomie militaire. Ce point demeure une source importante de tension avec Washington.
Israël, Gaza et la question palestinienne
Le Président Erdoğan a fait de la défense de la cause palestinienne l’un des axes les plus visibles de sa diplomatie. Son discours contre la politique israélienne est particulièrement ferme. Il lui permet de répondre à une sensibilité forte de l’opinion turque, mais également de renforcer sa position dans le monde musulman.
Ankara conserve toutefois une capacité de dialogue indirect avec les parties. La Turquie entretient des relations avec le Hamas, ce qui provoque de vives critiques israéliennes et américaines, mais peut aussi lui donner accès à un acteur que d’autres puissances occidentales ne peuvent approcher. Elle aurait ainsi contribué à convaincre le Hamas d’accepter le plan américain pour Gaza en 2025, ce qui a renforcé le rôle diplomatique du Président Erdoğan.
Le risque est néanmoins évident : plus la confrontation verbale avec Israël s’intensifie, plus la Turquie peut être perçue comme partie prenante plutôt que comme médiateur. La compétition turco-israélienne peut également se déplacer vers la Syrie, la Méditerranée orientale et les questions énergétiques.
L’Iran et les pays du Golfe
Avec l’Iran, la Turquie combine prudence, concurrence et dialogue. Les deux pays coopèrent économiquement et refusent généralement un embrasement régional, mais ils défendent des visions différentes de l’équilibre au Moyen-Orient. Ils ont été concurrents en Syrie, dans le Caucase, en Irak et dans leurs relations avec certains mouvements politiques ou religieux.
Le Président Erdoğan cherche à empêcher une guerre régionale qui menacerait directement la Turquie : nouveaux flux migratoires, perturbation des approvisionnements énergétiques, fermeture des routes commerciales et renforcement des instabilités à ses frontières. En juillet 2026, il a insisté sur la nécessité d’une solution soutenue par les États de la région et demandé qu’Israël ne compromette pas l’accord américano-iranien.
Avec les États du Conseil de coopération du Golfe, le Président Erdoğan a engagé une normalisation pragmatique. Les tensions passées avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont progressivement laissé place à la recherche d’investissements, de contrats industriels et de coopérations militaires. La relation privilégiée avec le Qatar demeure, mais Ankara veille désormais à ne plus enfermer sa politique du Golfe dans un seul partenariat.
Les États du Golfe apportent à la Turquie des capitaux et des marchés ; la Turquie leur offre une industrie de défense en plein essor, une position géographique stratégique et une capacité militaire considérable.
La Méditerranée orientale, la Grèce et Chypre
La Méditerranée orientale reste l’une des zones où les ambitions turques provoquent le plus de tensions avec ses partenaires occidentaux. Les différends portent sur :
les espaces maritimes
l’exploitation des ressources gazières
la délimitation des zones économiques exclusives ;
la militarisation de certaines îles grecques
la question chypriote
les accords maritimes conclus entre la Turquie et la Libye
L’Union européenne demande à Ankara de respecter la souveraineté et les droits maritimes de ses États membres. Elle rappelle également que le règlement de la question chypriote doit intervenir dans le cadre des Nations Unies.
Les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne demeurent bloquées, même si celle-ci reste un partenaire stratégique majeur en matière de commerce, de migration, de climat et de sécurité. Conseil de l’Union européenne
Le Président Erdoğan alterne ici encore fermeté et apaisement. Il défend avec force les revendications turques, mais évite généralement que les incidents n’aboutissent à une confrontation militaire directe avec la Grèce. Il cherche à maintenir une pression suffisante pour imposer la négociation, sans franchir le seuil d’une rupture incontrôlable.
Le Caucase, l’Asie centrale et le monde turcique
Le soutien à l’Azerbaïdjan constitue l’un des engagements les plus constants du Président Erdoğan. La formule « une nation, deux États » traduit une alliance fondée sur la langue, la culture, la défense, l’énergie et les infrastructures.
À travers l’Organisation des États turciques, Ankara structure un espace politique allant de la Turquie à l’Asie centrale. Cet espace peut devenir un corridor commercial et énergétique majeur reliant la Chine, la mer Caspienne, le Caucase et l’Europe sans passer exclusivement par la Russie ou l’Iran.
Cette orientation ne signifie pas nécessairement un projet impérial ou une domination directe. Elle correspond davantage à la création d’un réseau d’influence turc fondé sur les infrastructures, les universités, les entreprises, la culture, la défense et la connectivité.
L’Afrique : une progression méthodique
L’Afrique est devenue une dimension majeure de la politique internationale turque. Ankara y associe diplomatie, compagnies aériennes, commerce, construction, coopération au développement, aide humanitaire, formation, établissements scolaires, industries militaires et accords de sécurité.
La Turquie présente l’avantage de ne pas être perçue comme une ancienne puissance coloniale européenne. Son approche se veut pratique, visible et rapide. Elle est particulièrement engagée en Somalie, où elle intervient dans les domaines humanitaire, économique, militaire et maritime.
Elle dispose également d’une influence importante en Libye et développe des relations avec de nombreux États d’Afrique de l’Ouest, du Sahel et de la Corne de l’Afrique. La fourniture de drones et de moyens militaires constitue désormais un vecteur essentiel de cette présence.
Cette expansion offre des débouchés économiques à la Turquie et augmente son poids diplomatique. Elle comporte néanmoins des risques : implication dans des conflits locaux, critiques sur l’usage des armements livrés et concurrence croissante avec les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la France, la Russie et la Chine.
LA NATURE DES ENGAGEMENTS D’ERDOGAN
Le Président Erdoğan prend des engagements solides lorsqu’ils répondent durablement à trois intérêts : la sécurité du territoire turc, la souveraineté décisionnelle et le renforcement de la puissance nationale.
Il faut néanmoins distinguer plusieurs catégories d’engagements :
1
Les engagements structurels qui sont stables : appartenance à l’OTAN, défense de l’Azerbaïdjan, opposition à une autonomie militaire kurde en Syrie, développement de l’industrie nationale de défense et affirmation du rôle international de la Türkiye.
2
Les engagements transactionnels, soumis à négociation : élargissement de l’OTAN, accès aux équipements américains, coopération migratoire avec l’Union européenne, participation aux programmes européens de défense.
3
Les partenariats d’équilibre, qui peuvent évoluer selon les circonstances : Russie, Chine, Iran et monarchies du Golfe.
4
Les engagements de médiation, que la Turquie valorise pour devenir incontournable: Ukraine, céréales de la mer Noire, Syrie, Gaza, Iran et Corne de l’Afrique.
Le Président Erdoğan ne considère pas nécessairement qu’un compromis conclu dans une conjoncture déterminée doive limiter durablement la liberté d’action de son pays. Ses partenaires peuvent y voir de l’imprévisibilité. Lui-même y voit une diplomatie souveraine et adaptable.
APPRECIATION GENERALE
Le Président Erdoğan a fait passer la Turquie du statut d’allié régional important à celui de puissance de négociation mondiale. Sa diplomatie est personnelle, centralisée, active et fondée sur le rapport de force. Elle produit peut être des tensions, mais elle oblige toutes les grandes puissances à dialoguer avec Ankara.
Sa principale force est d’avoir rendu la Turquie incontournable.
Sa principale faiblesse est que la multiplication des équilibres peut finir par susciter une défiance simultanée : méfiance occidentale à cause de la Russie et de la Chine, méfiance russe à cause de l’Ukraine et de l’OTAN, méfiance arabe ou iranienne face aux ambitions régionales turques.
Le véritable défi pour le Président Erdoğan est donc de transformer cette capacité de manœuvre
en une architecture durable de coopération.
La Turquie dispose de tous les éléments nécessaires pour devenir un grand centre de médiation internationale. Elle doit maintenant convaincre que sa puissance ne sert pas seulement ses propres objectifs, mais également la stabilité collective.
